Neige Brûlante – Laszlo, le futur helvète

Contexte :    Le point de départ de cette histoire est rigoureusement vrai, de la visite des inspecteurs Suisse pour s’assurer dans les années 80 qu’un prétendant à la nationalité n’élève pas de cochons sur son balcon…

Làszlò est né dans une ville ou dans des montagnes, je ne sais plus bien. Enfin, il est né quelque part… A l’Est de certains pays, à l’Ouest d’autres pays, plus au Nord et plus au Sud que d’autres pays encore… En fait, son pays est, comme à nous tous, le centre de sa vie… Il est né là et y a grandi… La forme des collines lui est familière et le rude parler de ses compatriotes a pour lui les accents de la fraternité…

Seulement, en 1956, une armée d’occupation a décidé que Làszlò devait être heureux selon un principe bien défini et selon un schéma choisi. Pas question de se mettre à aimer les fleurs, les nuages ou la musique : il doit à l’armée et au parti qui ont brutalement pris le pouvoir dans son pays, un dévouement qu’il n’éprouve aucunement et une abnégation dont il n’a cure.

Evidement, les rapports basés sur de si piètres bases humaines ne durent jamais longtemps. Làszlò, pas très optimiste sur son devenir dans un tel pays, prend le chemin de l’exil et, sans que son visage ne se retourne une seule fois, réussit à quitter son havre… Son visage, oui, mais son cœur est resté à jamais tourné vers les ruisseaux de son enfance et les villages qui l’ont vu grandir.

Après avoir erré dans une Europe inhospitalière, Làszlò se fixe en Suisse … Terre d’accueil et corne d’abondance, la Suisse a tout pour séduire cet immigrant qui veux juste s’adonner à ses arts et rendre à ceux-ci ce qui leur appartient.

La Suisse accueille Làszlò qui y travaille, épouse une fille d’Helvétie et engendre avec elle  des filles belles et espiègles et des fils beaux et espiègles… Une véritable petite tribu chamailleuse et helvétiquement turbulente (c’est-à-dire très sages quand on est né au-delà des frontières de ce pays béni par la quiétude).

Làszlò est heureux quand il regarde sa petite famille s’épanouir… Mais même s’il a été déchu de sa nationalité d’origine, il garde le souvenir nostalgique de la terre de ses ancêtres et son cœur conserve le rude parler de ses ex-compatriotes.  il réussit même à en transmettre l’usage à ses enfants qui, peut-être un jour, pourront repartir dans ce pays dont l’accès leur est fermé.

Làszlò leur parle des champs, plus verts qu’ailleurs, des oiseaux au chant plus mélodieux qu’ailleurs, des vaches qui donnent un lait encore meilleur que partout ailleurs. Il leur parle aussi des parfums de son enfance, des ragoûts de porc avec du chou et des charcuteries succulentes.

Evidemment, il manque quelque chose à Làszlò. Quelque de chose de plus fort que son propre pays : il manque un pays à ses enfants nés apatrides. Ceux-ci ne sont rien, ou presque, pour le pays qui les accueille. Bien sûr, la Suisse les nourrit, les héberge, les protège et les éduque. Ils sont soignés dans ce pays de cocagne où les revenus d’une seule rue « ici » eussent permis de faire vivre le village entier « là-bas ». Mais voilà, ils n’en sont pas citoyens et ont un statut bâtard, de résident-qui-peut-rester-mais-c’est-pas-sûr-et-on-l’aime-bien-mais-quand-même…

« Mes enfants doivent avoir un passeport », pense Làszlò. « Ils doivent pouvoir voyager, aller à l’étranger, sentir le regard protecteur d’un consul où qu’ils soient et le respect dû à leur citoyenneté. Mon pays me rejette et les rejette », soupire-t-il, « eh bien tant pis pour lui. Ces beaux enfants deviendront les citoyens d’un autre pays, qui les a accueillis, élevés et protégés ».

C’est ainsi que Làszlò, pour le bien-être de ses enfants décide de se rendre au Ministère ad hoc de la confédération helvétique, pour demander la nationalité Suisse, pour lui et sa famille.

Résident depuis plusieurs années, travaillant, complètement intégré, il pense que la Suisse, qui l’a accueilli à bras ouvert, lui tendra avec affection son passeport, avec le sourire bienveillant d’une grand-mère pour les petits-enfants du bercail.

Cruelle désillusion… Les fonctionnaires, parfaitement polis, lui signifient combien il est curieux qu’on vienne demander ainsi la nationalité.

– Bonjour, je m’appelle Làszlò Tornasy. Ma famille et moi-même voudrions devenir Suisses.

– Vous venez chercher des indemnités de chômage, lui dit un fonctionnaire, le regard en-dessous.

– Non, répondit Làszlò. J’ai un travail et même un bon travail. Je veux juste devenir Suisse.

– Mais pourquoi donc? demande le fonctionnaire, persuadé que Làszlò est plutôt en quête de quelque avantage pécuniaire.

– Mais… Parce que j’en ai envie et que je veux que mes enfants deviennent les citoyens d’un pays qui les a accueillis quand je fuyais, explique Làszlò, interloqué.

– Ah… Vous voyez! réplique le fonctionnaire, triomphant. Ici, reprend-il, nous avons deux sortes de demandes de naturalisation: les pauvres, qui réfugient leurs enfants, et les riches, qui réfugient leur argent. Comme vous voulez le bénéfice de la nationalité pour vos enfants et pas pour vos économies, c’est donc que vous êtes pauvre. Ce n’est pas un problème, mais la procédure est seulement un peu différente. Vous êtes déclaré potentiellement inapte à la suissitude jusqu’à ce qu’une enquête détaillée vous déclare innocent et digne de devenir titulaire d’un passeport.

– C’est-à-dire? demande Làszlò, un peu surpris de se retrouver dans une catégorie d’où il ne se sent pas vraiment issu. Bien sûr, il ne roule pas sur l’or, loin de là, même… Mais quand-même…

– Ne vous inquiétez pas, Monsieur Tarnosy, remplissez ces formulaires et laissez l’administration faire. Nous nous occupons de tout et, dès que vous aurez été déclarés aptes à devenir suisse, vous le deviendrez.

Le retour à la maison est tout de même joyeux. Il annonce bravement à sa famille réunie au grand complet que, bientôt, ils pourront franchir la frontière de la Suisse et voyager… Dès qu’ils auront leurs passeports frappés de la fameuse croix blanche. La femme de Làszlò embrasse son mari, les enfants battent des mains et toute la maisonnée est en émoi à cette nouvelle. Bientôt, ils ne seront plus des morceaux importés d’ailleurs, ils seront les égaux de leurs voisins et diront avec fierté « moi, je suis Suisse ».

Le lendemain, la famille au grand complet procède au remplissage du formulaire où les détails administratifs sont étalés au grand complet. Pays d’origine, villégiatures temporaires, lieu d’entrée, date du début du travail, numéro d’inscription sur des listes nombreuses, diverses et variées.

Pour bien montrer son attachement à cette démarche, la petite famille de Làszlò au grand complet se rend au siège de l’administration ad hoc pour porter solennellement le formulaire dûment rempli, signé, daté et contre-signé. La route vers la naturalisation est ouverte et rien ne pourra entraver la grande marche des Tornasy vers leur destinée.

Malheureusement, le fonctionnaire de garde n’est pas le même que celui qui a accueilli Làszlò, l’avant-veille. Celui-ci prend le formulaire d’un air distrait, salue la petite famille d’un sourire absent et retourne vers de vagues tâches administratives, sans plus lever le regard vers ces Tarnosky qui viennent offrir à leur nouveau pays leur reconnaissance, en plus de leurs impôts.

Làszlò est rempli d’allégresse. Il se dit que, un jour, un coup de sonnette annoncera l’arrivée d’une missive en parchemin, avec de grandes lettres gothiques en or et des enluminures toutes spéciales, disant que les passeports doivent être retirés auprès des autorités compétentes.

Quatre jours plus tard, le soir, le coup de sonnette arrive, à une heure tardive où personne n’est attendu. Làszlò se demande qui vient ainsi le visiter… Quelque représentant de commerce, sans doute, voulant écouler des brosses à cheveux ou des aspirateurs.

Làszlò est pris de stupeur quand il ouvre la porte et voit s’encadrer une silhouette massive, surmontée d’un visage sévère. Ce qui trouble le plus le pauvre Làszlò est l’uniforme porté par cette créature inattendue. Déjà dans son pays, les uniformes apportent rarement de bonnes nouvelles mais, quand on est exilé, on n’aime encore moins les uniformes. On a beau vivre dans un pays calme, démocratique et hospitalier, la vue d’un uniforme donne envie de raser les murs et de s’enfoncer dans le trou d’une souris. Un uniforme, c’est un douanier, un gendarme, un policier ou un militaire… Enfin… C’est un représentant de la force publique et, quand on n’a rien à se reprocher, ça ne peut être que synonyme de tracasseries et de troubles.

Derrière ce premier porteur d’uniforme, Làszlò aperçoit un deuxième larron. Aussi mince que son compère est trapu, celui-ci arbore la même expression sévère, qui ne présage rien de bon et transforme les contrevenants les plus belliqueux en agneaux nouveau-nés.

– Bonjour. Monsieur Làszlò Tornaky? demande le douanier-armoire-à-glace.

– Heu… non… enfin, si, répond Làszlò, troublé

– Oui ou non? reprend le peut-être gendarme, fronçant les sourcils.

– Heu… Je suis Làszlò Tornasy, pas Tornaky. Que me vaut l’honneur de vous accueillir? demande Làszlò, toujours à se demander si une paire de menottes ne va pas surgir et se refermer sur ses poignets.

– Je suis le brigadier-chef Dupeux et voici mon adjoint, le brigadier-sous-chef Heimer, présente le premier représentant de l’ordre. Nous appartenons à l’office de vérification des aptitudes aux impétrants à la nationalité Suisse. Nous venons vérifier si vous remplissez les conditions exigées pour devenir de bons citoyens Suisses.

– Ah, articule Làszlò… Eh bien soyez les bienvenus. Nous ne savions pas que vous viendriez et…

– C’est normal, nous opérons toujours par surprise, comme le stipule l’article 5 de la procédure 145-R du règlement du Code de la Vérification, coupe le brigadier-chef Dupeux. Nous devons opérer des visites inopinées pour nous assurer que tout est en ordre et que vous ne risquez pas de devenir des malfaiteurs quand vous serez suisse.

Làszlò s’étonne. Il ne pense vraiment pas devenir malhonnête une fois devenu Suisse. Il s’apprête à plaisanter sur ce sujet mais se ravise in extremis, en voyant la mine peu amène du fonctionnaire qui inspecte l’entrée de la demeure familiale.

– Nous venons en application de la vérification de l’article 7 de l’alinéa 9 du règlement 16 de la procédure 987-3 qui stipule que nous devons nous assurer que vous n’êtes pas en train d’élever des cochons sur votre balcon pour en tirer une viande non certifiée par les organismes vétérinaires du pays, expliqua d’un ton rogue le brigadier-chef en faisant un signe à son acolyte.

– Ah bon? Je suis censé manger des cochons que j’élève sur mon balcon? demande Làszlò.

– Oui, c’est une habitude qu’ont les personnes de votre pays. Nous devons nous assurer que ce n’est pas votre cas. Donc, nous recherchons des cochons. Pouvez-vous nous autoriser à inspecter? s’enquiert Dupeux gentiment mais fermement.

– Bien sûr, bien sûr… faites, faites…

Làszlò, en proie à une vive agitation, emmène les fonctionnaires au premier étage de la maison et ouvre lui-même la fenêtre du balcon.

– Voilà! Vous pouvez voir qu’il n’y a pas de cochons ici, dit Làszlò en s’effaçant pour que les deux fonctionnaires puissent voir la petite terrasse.

– C’est un fait, admet Dupeux. Heimer, vois-tu des cochons?

– Non, fit Heimer, les seuls animaux que je vois ont des cornes, ce qui exclut qu’ils soient des cochons. Je pense que ce sont des chèvres.

– Ah ah! Vous élevez des chèvres? demande Dupeux à Làszlò, blême.

– Heu… oui… Vous savez, c’est pour le lait des petites, et puis, nous en faisons rôtir parfois une pour donner de la viande aux enfants, admet Làszlò, au bord de l’évanouissement.

– C’est très bien, félicite Dupeux.

– Oh oui, vous êtes économe, c’est une qualité très appréciée, en Suisse, ajoute Heimer.

– Prenez soin de vos chèvres, reprend Dupeux en passant ses gros doigts carrés sur le sommet du crâne de l’une d’elles. Heimer, notez que M. Tarnaky n’élève pas de cochons sur son balcon et donc ne produit pas de viande de porc frelatée.

– C’est noté, chef, répond Heimer.

– Et maintenant, nous allons vous laisser, Monsieur Barnaky. Continuez ainsi et vous serez bientôt déclarés aptes à devenir Suisse.

Une fois débarrassé de ses deux inspecteurs, Làszlò s’effondre dans l’entrée, terrassé par l’émotion.

Une semaine s’écoule depuis que l’administration a constaté que Làszlò n’élève pas de cochon, ce qui est contraire aux lois du pays.

Quelques jours plus tard, c’est au lever du soleil qu’un autre coup de sonnette retentit. Làszlò se demande bien qui peut ainsi venir de si bonne heure. Il ouvre en peignoir, et se retrouve face à Dupeux et Heimer, aussi rogues que la première fois.

– Monsieur Làszlò Bornaky? demande Dupeux.

– Oui… enfin… non… Mais entrez donc, messieurs, répond Làszlò.

– Oui ou non? demande Dupeux, fronçant les sourcils.

– Non, vous savez bien que je suis Làszlò Tornasy, pas Bornaky. Que puis-je pour vous? Donnez-vous la peine d’entrer, dit Làszlò en s’effaçant pour faire entrer ses visiteurs.

– Je suis le brigadier-chef Dupeux et voici mon adjoint, le brigadier-sous-chef Heimer, présente Dupeux. Nous appartenons à l’office de vérification des aptitudes aux impétrants à la nationalité Suisse. Nous venons vérifier si vous remplissez les conditions exigées pour devenir de bons citoyens Suisse.

– Ah… Comme la semaine dernière donc? essaye de plaisanter Làszlò avec un sourire franc.

– Nous sommes ici en application de l’alinéa 14 de la section B du chapitre 8 de l’instruction 76-Z relative à la vérification des aptitudes des demandeurs de la nationalité suisse, dit Dupeux, sans se départir de son air sévère. Nous voulons voir si vous n’êtes pas en train de cultiver du chou chez vous.

– Pardon? Du chou? demande Làszlò, franchement surpris.

– Oui, du chou… Nous vous soupçonnons de vouloir continuer à manger du chou préparé comme dans votre pays au lieu de manger du chou cuisiné avec de la crème double ou de l’Ovomaltine. Nous vous demandons la permission de visiter votre maison afin de vérifier si les végétaux que vous faites pousser sont des choux, répréhensibles, ou bien d’inoffensives plantes, que tout un chacun en Suisse peut cultiver à sa guise.

– Et bien, visitez, messieurs, invite Làszlò, en se demandant s’il y a des choux chez lui.

Dupeux et Heimer se séparent et fouillent consciencieusement la maison. Quand Heimer pousse un cri, Dupeux accoure aussitôt dans la chambre de Làszlò.

– Chef, chef, je vois ici des plantes curieuses. Ne serait-ce pas du chou sur pied? demande Heimer en désignant du menton de longues tiges terminées par des sortes de mains feuillues aux doigts fins.

– Ah ah, ricane Dupeux, c’est tout à fait possible que ce soit du chou.

– Mais non, dit Làszlò, accouru en même temps que Dupeux. Ce sont des plantes d’ornements que nous avons semées mais ce n’est pas du chou.

– Et comment le savoir? interroge Dupeux, soupçonneux.

– J’ai encore, je crois bien, les sachets des graines, répond Làszlò.

– Montrez nous ça, exige immédiatement Dupeux, en se demandant si la procédure prévoit qu’on passe les menottes à un cultivateur de chou.

Heureusement, Làszlò ne met pas longtemps à trouver le sachet des semis et, chance, une photo montre la plante à l’âge adulte, exactement telle que les deux fonctionnaires l’ont face à eux. Le sachet indique : SINSEMILIA du Maroc.

– Sinsemilia, c’est une jolie plante, admet Dupeux. Ce n’est sans doute pas un chou.

– Non, mais en sommes nous certains? s’enquière Heimer, humble devant les sciences en général et la botanique en particulier.

– C’est vrai, Heimer, approuve Dupeux, nous ne pouvons pas savoir si le Sinsemilia n’est pas une sorte de chou. Emmenons-le pour un contrôle par les laboratoires du Bureau des Plantes autorisées du Service des Vérifications des Demandeurs de Passeports de la Direction des Demandes de Nationalité.

– Attendez, s’exclame Làszlò . Regardons dans le dictionnaire, voir si le Sinsemilia est une sorte de chou ou une autre plante, autorisée par votre règlement.

– C’est d’accord. Avez-vous un dictionnaire, Monsieur Barbiny?

– Je vais le chercher… Et je suis Làszlò Tarnosy… TAR-NO-SY

– Oui, oui monsieur Tarniso… Alors, ce dictionnaire?

– Voilà, voilà…. Je cherche… B… M… P…R… S… SE…SI…Simple… Sinsemilia…ah! voilà!

– Et que dit l’article? demande Heimer.

– Fleur du cannabis, aisément reconnaissable à ses longues feuilles dentelées, commence à lire Làszlò, le front moite.

– Eh bien, dit Heimer. Ce n’est pas du chou, si c’est du cannabis!

– Effectivement, ajoute Dupeux. Ce n’est pas cette plante interdite par l’alinéa 14 de la section B. Vous voyez, dit-il en se tournant vers Làszlò, vous êtes sur la bonne voie pour devenir un bon Suisse.

A ce moment là, l’épouse de Làszlò vient le prévenir qu’un certain M. Laplisse, banquier de son état, attend dans l’entrée pour acheter un bouquet.

«Eh bien, faites donc», dit Dupeux à Làszlò, «Nous avons terminé, mais nous ne voulons pas vous déranger.».

Làszlò, au bord du collapsus général devant ses vérificateurs, coupe donc plusieurs tiges de Sinsemilia et confectionne un bouquet qu’il met dans un papier trouvé dans la cuisine… Retournant à l’entrée avec les fonctionnaires sur les talons, il tend le bouquet au visiteur, en lui adressant un sourire de mourant…

– Heu… Monsieur Laplisse, voici votre bouquet, dit Làszlò..

– Ah… merci, balbutie le dénommé Laplisse en apercevant les uniformes. Je pouvais venir à un autre moment, je ne veux pas vous déranger… Pour les fleurs, vous savez, ce n’est pas grave et ça pouvait attendre.

– Mais non, mais non, tonne Dupeux. Nous sommes les fonctionnaires chargés de vérifier l’aptitude de M. Tarnaky à devenir Suisse. Nous venions voir si M. Tarnyka n’avait pas chez lui des plantes interdites par la législation.

– Et alors? question Laplisse d’une voie d’outre-tombe.

– Eh bien nous n’avons trouvé la trace d’aucun chou, dont la culture par les demandeurs de la nationalité suisse est interdite, avoue Dupeux. Nous n’avons trouvé que ces magnifiques plantes, des Sinsemilia.

– Ah! c’est vrai qu’elles sont belles, admet Laplisse tout en amorçant un mouvement de reptation arrière destiné à l’amener directement à la porte… Heu… Lazslo, voilà le règlement pour l’achat de mon bouquet… Je ne vous dérange pas plus longtemps.

– Ah ah! Ainsi, vous vendez les Sinsemilia? demande Heimer, le sourcil haut.

– Heu… c’est-à-dire que… commence Làszlò, de grosses gouttes de sueur dégoulinant sur les tempes.

– En fait, reprend le fonctionnaire, j’aurais bien acheté un bouquet pour ma femme, mais c’est interdit par le règlement tant que nous sommes en enquête officielle. Mais en tout cas, je vous félicite, vous avez le goût de l’entreprise et du commerce. Nous aimons beaucoup ça, en Suisse, acheve Dupeux avec un sourire que Làszlò ne lui connaissait pas.

– Nous vous quittons… A bientôt, poursuit Heimer en se dirigeant vers la sortie, Dupeux sur les talons.

Une fois la porte  fermée, Làszlò tombe à genoux dans l’entrée et se met à prier dans le rude parler de ses ancêtres, tous les dieux qu’il connait. Son dieu de baptême, bien sûr, mais aussi toutes les divinités terribles qui habitent son pays natal, avant que les chrétiens ne viennent prêcher avec leurs goupillons et leurs sabres.

Une autre semaine s’écoule depuis que l’administration suisse s’est rendue compte que Làszlò peut être lavé de tout soupçon de cultiver du chou et, presque aussi grave, de le manger avec une sauce bizarre.

La visite suivante des inspecteurs se déroule le soir. Làszlò prie depuis 24 heures pour qu’elle n’ait pas lieu ce jour là, car il a en garde durant quelques heures une palette de quatre-vingt boîtes de deux cent cinquante brosses à dents chacune. C’est un chargement « tombé d’un camion », comme lui a dit son voisin d’à côté, un individu louchement enrichi, qui manque de place pour les entreposer.

En entendant le coup de sonnette, Làszlò se met à trembler… A cause d’un service rendu à un vague voisin, on va sans doute le confondre, le prendre pour un voleur, lui passer les menottes et, après l’avoir honteusement traîné dans l’escalier, basculé sans ménagement dans le panier à salade, il sera jeté dans un cul-de-basse-fosse d’où il ne sortira que pour rejoindre un moyen de locomotion rapide et douloureux vers l’expulsion.

– Bonjour, articule-t-il en ouvrant la porte à Dupeux et Heimer, tout aussi fermés qu’à leur habitude.

– Bonjour, êtes-vous bien M. Làszlò Bigoudi? demande Dupeux d’un ton aigre.

– Non… Mais si, vous le savez bien, dit Làszlò excédé.

– Alors? Oui ou non? s’enquiert Dupeux avec les sourcils froncés.

– Mais oui, finit par admettre Làszlò.

– Je suis le brigadier-chef Dupeux et voici mon adjoint, le brigadier-sous-chef Heimer, présente Dupeux. Nous appartenons à l’office de vérification des aptitudes aux impétrants à la nationalité Suisse. Nous venons vérifier si vous remplissez les conditions exigées pour devenir de bons citoyens suisses.

– Je commence à le savoir, que vous vous appelez Dupeux et Heimer, soupire Làszlò, en proie à un désespoir profond.

– Nous sommes ici cette fois pour vérifier que vous ne contrevenez pas aux règlements sanitaires de la bonne société Suisse, explique Dupeux d’un ton sans réplique. Vous savez que, dans notre beau pays, il neige beaucoup parce que c’est la seule chose propre que nous acceptons de recevoir de la part du ciel. Nous laissons les pluies acides aux allemands, les nuages radioactifs aux biélorusses et les vapeurs de fromages bizarres aux français. Ici, nous aspirons à une hygiène impeccable de la part de nos citoyens. Donc, ne peuvent devenir suisses que ceux qui démontrent être en possession d’une quantité de savon et autres ustensiles d’hygiène corporelle adéquate par rapport au nombre de personnes recherchant la nationalité suisse.

– Et donc? que venez-vous donc regarder, cette fois, monsieur Dupeux?

Brigadier-chef Dupeux, reprend Heimer qui n’aime que son chef souffre, même d’une manière infime, d’une atteinte à son autorité naturelle, émanant de sa carrure et des nuits d’études passées à apprendre par cœur les règlements, les codes et les instructions… Dites- donc, Monsieur Bagodi, ne cherchez pas à faire le plus malin avec l’autorité.

– Laissez Heimer, interrompt le brigadier-chef, ravi de faire montre d’une magnanimité qu’il n’aurait peut-être pas laissé voir s’il avait été seul avec ce monsieur Bigoda.

– Excusez-moi…. Donc, que voulez-vous vérifier, messieurs? demande Làszlò d’un ton las.

– Nous venons pour les salles de bain, précise Dupeux, que nous vous prions de nous rendre accessibles illico, sans délai et immédiatement… Tout de suite, quoi! ajouta-t-il, satisfait de cette sortie qui montre à quel sorte de champ lexical on s’adresse en parlant à un brigadier-chef de la confédération.

– Suivez-moi, je vous en prie, souffle Làszlò, désespéré.

La salle de bain ouverte, les fonctionnaires ne se gênent pas pour ouvrir chacun des tiroirs et regarder dans les coins et recoins de l’armoire à pharmacie placée au-dessus du lavabo. Ils passent le doigt sur la tablette en notant avec satisfaction un taux de poussière inférieur à 6 pour mille, limite tolérée en Suisse pour les tablettes de salles de bain, selon les prescriptions établies par le Bureau des Statistiques Prospectives de la Commissions d’Etudes des Pièces d’Eau de la Direction de l’Hygiène du Sous-Cabinet de la Propreté du Ministère de la Santé Publique.

« Monsieur Gabodi, pourriez-vous faire venir votre famille au grand complet ? », lance Heimer d’une voix forte. « Monsieur le Brigadier-Chef a un compte à effectuer ».

Désemparé, Làszlò rassemble sa petite famille et, prenant leur tête, avance bravement vers la salle de bain comme vers un peloton d’exécution. Ils rejoignent Dupeux, dont la grosse main serre les brosses à dents de la famille.

– Je compte ici cinq brosses à dents et, si mes dossiers sont exacts, vous êtes six dans la famille, déclare Dupeux d’un ton satisfait. Pourriez-vous m’expliquer ce qui se passe? A qui est la petite brosse à dents bleue? demande-t-il à la cantonade en agitant l’une des brosses devant les yeux de la famille rassemblée.

– A moi! crie la benjamine. Et courant vers le fonctionnaire, elle la lui arrache des mains puis part en deux enjambées se réfugier dans les bras de son père en sanglotant.

– Messieurs, dit Làszlò, d’un ton apaisé, est-ce bien la peine de tendre ainsi les brosses devant les miens? Je peux expliquer pourquoi il n’y a que cinq brosses à dents pour six personnes.

– Ah bon? Je serais curieux de voir ça, hennit Dupeux d’un air bravache.

– Je vous présente la petite dernière de la famille. Elle a huit mois et sa première dent est sortie avant-hier soir, ce qui peut expliquer que nous soyons tous un peu fatigués tellement elle a hurlé de mal.

– Oh! laisse échapper Dupeux, attendri comme on ne l’aurait jamais imaginé. Comme elle est mignonne!

– Oui, elle est adorable, n’est-ce pas? reprend Làszlò. Mais le fait est que, une dent de lait poussée depuis moins de 48 heures ne réclame pas encore de brosse à dents, même en Suisse.

– Je le crois bien, car je n’ai jamais vu le cas se présenter en… attendez un peu… Et après avoir consulté sa montre, il termine: en dix-huit ans, quatre mois, deux jours et cinq heures trente-huit de service.

– Ah? dit Làszlò, muet de stupeur devant une telle précision.

– Mais pour être tout à fait sûr, je dois consulter le Bureau de l’Hygiène Bucco-Dentaire de la commission de Prophylaxie des Caries et Autres Inconvénients Dentaires, pour savoir à partir de combien de temps une dent doit être lavée après avoir poussé. Si mes souvenirs sont bons, nous avons une tolérance d’environ trois semaines, mais les textes législatifs ont peut-être évolué. Je poserai la question au Bureau Central des Questions Techniques qui me répondra avant deux semaines. Je pourrai alors valider que vous avez un compte de brosses à dents identique au nombre de personnes devant se servir d’une brosse à dent.

– Chef, chef, aboie Heimer, en tirant le brigadier-chef par la manche. Il y a quelque chose de bizarre ici.

– Ah bon? Qu’est-ce que vous avez trouvé, monsieur le Brigadier-sous-chef? demande Dupeux d’un ton surpris.

– Ces boîtes, là… Elles ne me semblent pas spécialement normales, dans un couloir de salle de bain. Ne serait-ce pas quelques produits volés qui seraient écoulés par un agent d’un pays extérieur, puisque monsieur Badigo n’est toujours pas Suisse?

A ces mots, Làszlò commence à sentir l’odeur rance de la paille humide des cachots. Dans sa main pèse le poids de la sébile avec laquelle il lui faudra désormais mendier la subsistance de ses enfants dans les rues hostiles du pays vers lequel il sera expulsé sans ménagement… Tout cela pour un service rendu à un voisin peu scrupuleux.

Mais il a une inspiration divine et s’adresse aux fonctionnaires:

– Ces cartons renferment nos brosses à dents de rechange. Nous sommes tellement propres que nous ne nous lavons jamais les dents deux fois avec la même brosse!

– Ah! s’étonne Dupeux. Quelle merveille!

– Oh! reprend Heimer, plein d’admiration pour cette famille, de cet aveu d’une hygiène qui va même au-delà des textes réglementaires applicables à ceux qui veulent devenir Suisse.

– C’est très, très bien, félicite encore Dupeux qui, n’en pouvant plus, serre dans sa grosse patte la main d’un Làszlò défaillant, dont la respiration peine à faire entrer un peu d’air dans ses poumons stressés. En Suisse, on aime beaucoup les gens très propres.

* * *

Admirable pays voulant préserver ses traditions, ses valeurs et son système bancaire, la Suisse délégue encore des dizaines de fois Dupeux et Heimer pour vérifier les ordonnances 27 du règlement 15, la section 19 du Code des Nouveaux Ressortissants, l’alinéa 21 et l’article XIII de lois inconnues.

Longtemps après, il advient que le dossier de Làszlò montre qu’il répond en tout point aux exigences requises pour être admis à continuer à payer des impôts, mais cette fois en tant que citoyen et plus seulement comme résident.

Ce jour-là, le téléphone sonne chez Làszlò. A sa grande stupeur, il entend la voix de Dupeux car c’est la première fois qu’ils communiquent par téléphone. Làszlò se demande si le présage est de bon augure ou non.

– Allo, monsieur Tonali? Brigadier-Chef Dupeux à l’appareil.

– Oui, c’est moi, répond Làszlò, qui n’est plus à ça près… Que me vaut l’honneur?

– Eh bien, j’ai une bonne nouvelle pour vous. L’administration a décidé hier en commission que, compte tenu de votre excellente intégration, vous êtes apte à devenir Suisse. Maintenant que vous êtes un citoyen, je sollicite un rendez-vous afin de vous délivrer les passeports en main propre.

– Oh… Répond Làszlò qui ne s’y attend plus et que le choc émotionnel rend muet pendant quelques secondes.

– Monsieur Latoni, ça va bien? demande Dupeux, soucieux de la bonne santé d’un compatriote.

– Oui, oui… Vous comprenez, ça fait un choc, mais maintenant que je suis Suisse, je suis devenu dur à la tâche, pragmatique et courageux. Et je me reprends immédiatement. Donc, vous désiriez un rendez-vous pour nous remettre les passeports?

– Oui, monsieur Tonila, c’est cela même.

– Monsieur le brigadier-chef, commence un Làszlò rayonnant, voilà maintenant quelques années que vous venez chaque semaine chez moi et, si vous le voulez bien, j’aimerais vous inviter demain soir à 19 heures, vous, le brigadier sous-chef Heimer et, le cas échéant, mesdames Dupeux et Heimer. Qu’en pensez-vous? Comme nous n’aurons peut-être plus l’occasion de nous revoir, il me ferait plaisir de vous inviter à dîner.

– Mais certainement. Il nous était interdit de dîner avec des étrangers, mais aucun règlement ne nous empêche de dîner avec d’honorables citoyens helvétiques.

– Et bien c’est entendu, demain à 19 heures.

Le lendemain, à 18h59, la sonnette laisse entendre d’un coup bref, joyeux et complètement inhabituel. Dupeux et Heimer, sans uniforme mais avec un costume de ville fort bien coupé, entrent en compagnie de Mme Dupeux, une montagnarde taillée comme son mari et Mme Heimer, une blonde aux yeux bleus aux mensurations conformes aux Règlements de l’Administration des Fantasmes Masculins, si elle existe.

L’apéritif se déroule dans une atmosphère joyeuse. Làszlò débouche des bouteilles de champagne pour fêter l’événement. La remise des passeports par Dupeux à la famille se fait dans la bonne humeur, donnant l’occasion d’une séance de photos souvenirs… Les premières photos d’une famille Suisse.

C’est très gai, mais un peu irréel… Ils ont tellement rêvé de ces documents et, maintenant qu’ils les ont en main, la magie ne semble pas opérer… Ce sésame des frontières ne va pas fondamentalement changer leur vie en une soirée. Il faudra sans doute attendre quelques jours avant que, vraiment, ils ne se sentent suisses.

En fait, ils ont connu ce sentiment assez rapidement, dès que tout le monde est passé à table.

Làszlò, fier de recevoir à sa table ces deux représentants de la démocratie qui est maintenant sa mère patrie, avait décidé qu’il serait maladroit de montrer qu’il n’a pas encore le tour de main pour faire une fondue, des croûtes ou une simple soupe du chalet. Il avait donc décidé de faire une délicieuse goulasch aux boulettes, que sa mère lui avait appris à faire avec du cochon et du chou. Un véritable régal qu’il sait cuisiner comme personne.

En amenant le plat à table et le posant au milieu des convives, il surprend les regards interloqués de Mme Dupeux et de Mme Heimer.

– Qu’est-ce? demande Mme Dupeux. Ca sent délicieusement bon, mais je n’ai vu cela dans aucun de mes livres de cuisine Suisse.

– Heu… C’est une recette qui n’est pas Suisse, explique Làszlò en se préparant à expliquer la façon de préparer les boulettes.

Mais, voyant ses convives, il comprend qu’il a en réalité commis une erreur fatale.

– Pas Suisse? tonne Dupeux…

– Pas Suisse? s’écrie Heimer

– Mais pourtant, vous êtes Suisse, s’emporte Dupeux, tout rouge et au bord de l’apoplexie.

– C’est vrai, admet Làszlò au bord des larmes. Ayant eu une inspiration soudaine, il ajoute: en fait, la surprise, c’est que je me suis inscrit à un cours de cuisine exotique dès hier soir, quand j’ai appris que j’étais devenu Suisse. Je viens d’apprendre la recette.

– Ah, monsieur Tarnosy, vous m’étonnerez toujours, clame Dupeux, apaisé. C’est très bien… Vous savez, on aime beaucoup ça, en Suisse, l’ouverture sur le monde et les cultures des autres. Bravoà vous et à votre famille d’être aussi Suisse!

Heimer et les dames approuvent vigoureusement, en louant cet esprit d’ouverture sur ce qui se passe au-delà des vallées…

C’est sur ces paroles que la famille de Làszlò comprend que, maintenant, ils sont Suisses pour de bon !

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Post-scriptum à mes chers amis de Suisse: Merci d’avoir viré Blocher du Conseil Fédéral! Vous êtes super!
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4 commentaires sur “Neige Brûlante – Laszlo, le futur helvète

  1. Merci, decouvert par hasard, suite a un commentaire sur LeMonde (article sur les mariées jordaniennes).
    Excellent texte, je vais lui faire de la pub.
    Bonne continuation, Christophe (= Tof)

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  2. Etrange histoire ! Des enfants nés dans un couple dont l’un des conjoints est suisse sont suisses de facto. Je le sais, c’est le cas de mon fils. Le conjoint étranger d’un Suisse bénéficie depuis plus de 10 ans de la procédure simplifiée d’acquisition du mariage. Cette procédure n’est pas aussi simple que ce nom le laisse croire, mais n’engage pas de procédure d’enquête longue et invasive. Je le sais, ma femme en a bénéficié ainsi que mon beau frère. Le tout dure entre 12 et 24 mois du jour où la demande est déposée.
    De mon côté, il m’a fallu 18 mois pour obtenir la nationalité française par déclaration, une procédure qui avait pour condition alors d’être marié à un(e) français(e) depuis au moins 2 ans. Aujourd’hui, le délai est de 4 ans. En suisse, il est de 5 ans actuellement.
    Dernièrement, une amie, ressortissante d’un pays africain, a obtenu la nationalité suisse (procédure normale, car tout en étant marié à une suisse, ils ne vivent plus ensemble depuis plusieurs années) en deux ans.
    L’histoire racontée ci-dessus relève donc d’une autre époque (les années 80) et ne reflète plus la réalité helvétique dans l’obtention de la nationalité de ce pays. Elle est devenue plus simple, plus rapide et les enquêtes plus succinctes. Il est aussi utile de préciser que le processus d’obtention de la nationalité dépend du canton (équivalent département en France) où vous résidez. Certains, aujourd’hui comme dans le passé, se montrent plus pointilleux que d’autres. Quant à l’histoire de Làszlò et de sa famille, elle est l’exemple type d’une dérive de certains fonctionnaires dans le traitement d’une demande d’obtention de nationalité. Il n’a certainement pas été le seul à subir les conséquences, sans forcément que son exemple constitue la règle à l’époque.
    L’histoire oublie sans doute aussi de raconter dans l’entourage de Làszlò les citoyens helvètes qui l’ont soutenu ainsi que sa famille, ceux devant obligatoirement figurer en référence dans la demande de nationalité et qui ont certainement eux la visite de ces fonctionnaires zélés.
    Bref, ce témoignage reflète bien le principe que suivant le point de vue choisi un phénomène peut apparaître bien noir ou bien blanc, alors que la réalité de ce dernier dans la réalité est souvent gris, certes plus ou moins foncé ou clair, mais gris. A forcer le trait, on caricature. C’est le cas dans l’exemple ci-dessus comme c’était le cas le film « Le faiseur de suisses ».
    A écouter Coluche, on se dit que tous les policiers français sont des alcooliques dotés d’un Q.I. de 80 maximum. Il y en a certainement, mais il n’y a pas que ça, heureusement.
    A lire ce témoignage, on se dit que tous les fonctionnaires suisses sont des personnages obtus d’une ouverture d’esprit avoisinant le zéro. Il y en a, mais il n »a pas que ça, heureusement.
    Reste que l’obtention de la nationalité suisse de nos jours, sans être un parcours du combattant semé d’humiliations, n’est pas non plus une promenade de santé.

    [Palimpseste : merci de votre commentaire. Mon amie est née dans les années 60 et la nationalité des parents se transmettait à la fois au mariage pour les femmes et aux enfants: son père apatride a « contaminé » sa femme puis ses enfants. La loi n’a évolué que dans les années 70. J’avais été choqué par son combat pour récupérer un passeport. Pour le reste, j’adoooore mes amis Suisse, même si le fossé culturel avec les Français est large… Ne lisez dans ce conte que l’expression de ma tendresse envers eux]

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