Zerbinette – Enlevée par les maoïstes !

Contexte: un de mes tous premiers contes pour une amie d’un fort tempérament, médecin de profession et grande trekkeuse devant l’Eternel…

Les yeux bandés, vous progressez dans la jungle épaisse…

Quelques jours se sont écoulés depuis ce moment où, alors que des rêves torrides vous clouaient dans votre tente dans des poses inavouables, une bande d’énergumènes noirs de poils et à la musculature puissante s’est jetée sur vous…

Evidemment, cette vingtaine de mains qui vous empoigne vous ôte toute velléité de résistance… Et quand une voix de sombre brute commence à demander « où donc sont le bâillon et le bandeau ? », vous vous exclamez « Oh! oui! Oh! oui! »… Ils sont tellement nombreux… Inutile de se dérober… Surtout que, sur le nombre, il doit bien y en avoir quelques uns de potables…

C’est le début de l’histoire de la médecin et des maoïstes…

Une histoire épouvantable, qui conjugue l’horreur des actes brutaux à la sensualité débridée des factions combattantes envers leurs otages…

Des scènes à ne pas mettre entre toutes les mains…

——

Sans ménagement, la médecin en trekking est jetée sur les épaules d’un chippendale local, c’est à dire musclé, sans huile ni vinaigre mais avec crasse, poils et vêtements…

Traînée sans beaucoup de ménagement au centre d’une clairière, elle est jetée à bas de son porteur brutalement sur un lit d’herbe et exposée (du moins se le dit-elle), aux regards de ses bourrots (la terminaison de « bourreaux » en « -ots » est là pour préciser qu’il s’agit quand même de petits bourreaux pas trop méchants… C’est l’élément qui dédramatise dans ce récit d’épouvante)…

Le chef des guérilleros est un certain Grégorios… Grec par son père, Népalais par sa mère, Maoïste par nécessité et Chilien par conviction…

Saisissant les cheveux de la malheureuse, il lui hurle dans les oreilles « Espèce de promeneuse solitaire en rêveries… Tu croyais échapper aux brigades Maoïstes qui sèment l’épouvante, la terreur et le pavot dans cette région ? »…

Malheureusement, Grégorios prend le sourire de la jeune femme pour une marque de je-m-en-foutisme. C’est le genre de sourire d’une donzelle aux yeux anti-thermiques qui s’attend à ce que son ambassade règle la rançon sans chigner ni rechigner, Grégorios entre alors dans une furieuse colère…

« Qu’est-ce que tu crois ? Personne ne viendra jamais te chercher, au fin fond de ces vallées où le soleil lui-même n’entre jamais »… Voulant l’impressionner, il poursuit « tu es toute seule, prisonnière d’un commandos de sauvages mecs tous jeunes et gonflés à la testostérone pure »…

« Wouaaaa ! » articule la pauvrette, ravie à l’idée de se perdre sur le toit du monde au milieu d’une bande de joyeux lurons sans doute privés de femmes depuis quelques temps… « Pauvres guérilleros… Les pandas ne font pas tout », pense-t-elle avec une part d’émotion …

Le chef s’adressa aux douze autres membres du commando des Kathman-doux :

« Camarades…. L’heure est joyeuse », clame-t-il dans une bouffée de grandiloquence inaccoutumée pour un chef privé de nourriture depuis plusieurs jours…

« Nous venons de faire une prise sensationnelle… », poursuit-il dans un souffle puissant…. Puis, reprenant avec des accents de quadribun (tribun, ce n’est pas assez), il ajoute « c’est un médecin occidental qui vient reluquer le spectacle désolant de notre économie, tel un naturaliste du siècle dernier qui nous observait manger ses porteurs »…

A cette évocation, les membres du commando commencent à se lécher les babines… Quel souvenir ! Trois porteurs bien gros, bien gras, qu’ils avaient réussi à passer à la broche… Un grand moment de barbecue…

« Qu’allons nous en faire ? », questionne le chef en roulant des yeux, indiquant par là même qu’il sollicite leurs avis .

« Tuons-la » hurle l’un des Maoïstes, enragé par cette prise d’une occidentale honnie.

« Torturons-la » suggère l’un des geôliers, la bave aux lèvres.

« Violons-la », propose un autre, louchant sur les rondeurs charmeuses de l’occidentale en question.

« Mangeons-la » propose Averell, louchant sur les mêmes rondeurs.

« Pfff… Vous êtes de piètres ingénieurs » s’indigne le chef. « Comment voulez-vous la manger, puis la torturer, ensuite la tuer et pour finir la violer ?… Non… Il faut de l’ordre et de la méthode…  On viole en premier, puis on la cuit, ce qui devrait suffire à combiner meurtre, torture et préparation culinaire ».

« Moi…Moi…Moi…Moi » s’écrient en chœur les commandos, commençant à se mettre en rang et à casser des bambous pour tirer l’occidentale à la courte paille (!)…

(Trente jours plus tard).

Le soleil se lève dans la vallée des Kathman-durs… Tous les hommes sont affalés dans les clairières, avachis sur de vagues coussins…

La médecin court de l’un à l’autre, distribue de grandes claques et asperge vainement ses guérilleros d’une flotte glacée puisée dans le proche torrent…

Rien n’y fait… La torpeur qui les a saisi à l’issue de leurs étreintes ne s’en va pas… La voracité de leur hôte les a vidés de leur énergie….

« Allez ! On se lève les révolutionnaires ! Debout ! Sur vos pieds !  Aux armes ! … » s’égosille-t-elle… « Allez ! Tas de feignasses! » reprend-elle en bourrant les côtes des hommes de Grégorios de coups de pieds, sans que ceux-ci ne bougent même un cil…. 

Hélas, ils ont tous les yeux vitreux des combattants éreintés par ces journées d’ébats ininterrompus… Grégorios a été l’un des premiers à succomber d’une crise cardiaque alors qu’il chevauchait la médecin déchaînée… Furieuse d’être ainsi laissée en plan, elle se jeta sur les acolytes du Colonel avec toute la fougue qu’on peut imaginer… Déjà, exténuer le chef, c’est bien; mais épuiser ses aides de camps, c’est sbires encore…

Furieuse de cette catatonie collective, elle les traîne au centre de la clairière du camps et commence à les insulter: « Tas d’mous exténués ! … Vous croyez que c’est comme ça que vous allez faire la Révolution ? Allez ! … Montrez-moi ce dont vous êtes capables ! On dirait des boxeurs chiqués ! Allez Venez mi-lourds ! Vous asseoir sur mes cuisses, il fait si froid dehors ! « …

Mais ces imprécations restent vaines alors que les survivants, pour échapper à cette tigresse, cherchent comment ils pourraient bien se couper les veines…

Quand elle voit les véhicules de transports de l’armée régulière, elle comprend ce qui arrive… Des aides de camp de Grégorios ont réussi à ramper sur les ongles en dehors de l’enceinte du camp et, par des signaux de fumée, ont demandé (et obtenu) la grâce pour leurs crimes et la promesse que des troupes fraîches viennent les délivrer…

Elle contemple la longue file de véhicules qui monte dans la montagne par une route qui serpente à ses pieds…

« Une armée complète ? » ronronne-t-elle « ça devrait suffire pour finir la semaine »…

——-

DEPECHE AFP

« La 45ème division Népalaise vient d’être portée disparue en totalité. On accuse les forces séparatistes du Colonel Grégorios d’avoir sans doute éliminé les soldats et de les avoir massacrés. Aucun corps n’a jamais été localisé et, sur les 2700 hommes de la force armée, un unique survivant a été retrouvé, errant sur les berges d’un fleuve et tenant des propos incohérents. Il est toujours hospitalisé et, si ses jours ne sont pas en dangers, il semble que son esprit soit irrémédiablement atteint. Il délire sans cesse en racontant des scènes érotiques qui choquent jusqu’aux infirmières les plus dissolues. Aux dernières nouvelles, l’ONU se prépare à demander à l’OTAN une aide pour envoyer des hommes en quantité suffisante dans les vallées sombres du Toit du Monde… »

——–

Au delà de l’amusement du conte, mes pensées vont bien sûr t à tous les otages, partout dans le monde, pour leur souhaiter de retrouver promptement la liberté, leur famille et une vie sereine dans un monde en paix.

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