Zenadir – J’veux du Chan

Encore une histoire des 400 pages de la thèse de Zenadir, comme dans « Jean-Philippe! Sauve-moi! »…, et qui date de la même époque.
Si vous l’ignorez, Chan est le même concept bouddhiste que le Zen. Chan est un mot chinois tandis que Zen est japonais… Mais il s’agit de l’exacte même plénitude et harmonie personnelle.

« J’veux du Chan… » commença à articuler Jean-Philippe, dont les hémisphères cérébraux ne répondaient plus depuis belle lurette…

 « Et pas qu’un peu… » ajouta-t-il dans une tentative désespérée pour se faire entendre de Zenadir…

Amusée, cette dernière tourna la tête vers lui, déchaussa ses lunettes et incurva ses lèvres dans un léger sourire…

Gêné par la lumière des iris de Zenadir, le prisonnier cligna des yeux et partit se réfugier dans un coin de la cage où il habitait depuis qu’il était tombé amoureux…

« J’veux des masses de Chan, tu m’entends ? » reprit le malheureux depuis le fonds de sa cage… L’air hagard, l’œil fou et le cheveux hirsute, il ne donnait pas une bonne image de la personne humaine mais, depuis un an qu’il était enfermé dans une prison dénuée de tout barreau, il sombrait tranquillement… Un Titanic au ralenti, comme si le paquebot avait décidé de battre les records de lenteur et que ce soit un iceberg pressé qui l’eût heurté…

« J’veux des lacs de Chan… des océans de Chan… Je veux me baigner dedans, m’y noyer et m’y dissoudre » lança t’il à l’adresse de Zenadir amusée, qui écoutait distraitement ses doléances.

« J’veux des Himalaya de Chan, des Cordillères de Chan… J’veux … j’veux … » Mais le son se perdit dans la gorge nouée de Jean-Philippe…

Se levant, Zenadir s’approcha de la cage… Toquant contre les bords, elle interpella le pauvre hère qui, quelques secondes plus tôt, la vouait aux gémonies et disait être prêt à lui faire subir les derniers outrages et les premiers supplices…

« Voyons… », commença-t-elle d’un ton sucré. « Pourquoi ce boucan ? … Je t’en ai promis »…

« Parlons-en de tes promesses », essaya-t-il de la rabrouer.

« En ai-je déjà manqué une seule ? », insista-t-elle, bien qu’elle connaissait déjà la réponse.

« Non… Mais seulement parce que tu n’en as jamais faites ; et par ailleurs… », se défendit Jean-Philippe.

« C’est un procès d’intention… Tu sais bien que je tiens toutes mes promesses », coupa-t-elle, déjà lasse de cet entretien.

« Bon… j’y retourne… » annonça-t-elle.

« Mais… mon Chan ? » implora Jean-Philippe.

« Tu sais bien… quand j’aurai fini la page 387 » jeta-t-elle d’une voix distraite.

« Et, là, tu es à quelle page ? Je t’ai vu gratter nettement plus de 387 pages » cria Jean-Philippe, au comble de la désespérance.

Se retournant, elle assena négligemment : « Ce sont des notes, ça ne compte pas ».

Mais Jean-Philippe voulut savoir : « Réponds par un chiffre » dit-il de sa voix radoucie…

Avec un rictus de petite fille qui tire la langue, elle donna la réponse : « moins 1 ».

« Mais … Ca n’a pas décollé depuis tous ces derniers mois ? » s’écria Jean-Philippe, déjà prêt à sauter par la fenêtre ou à s’entailler les veines…

« Tu sais bien que l’espoir engendre la souffrance » pontifia la sociologue, comme si elle était devant ses étudiants.

« M’en fiche… j’veux mon Chan » reprit le prisonnier d’une voix sourde.

« Mon pauvre, n’as-tu pas encore compris que, plus tu désireras en avoir et moins tu pourras en avoir ? »

« J’veuxxxxxx monnnnn Chhhhhhaaaaaaaaaaaaaaannnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn ! » hurla Jean-Philippe.

« Pffff » souffla Zenadir en rechaussant ses lunette et en reprenant ses notes et ses carnets…

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s