PetitAnge – Le dernier cri du sex toy

Toute ressemblance du P4N8 avec le virus de la gripe A(H1N1) serait bien sûr fortuite et le résultat d’un malheureux hasard 🙂

Coincé sous le lit de ma maîtresse, je suis inquiet.

Et si elle était grippée ? La fameuse nouvelle grippe qui fait tant de ravages, la P4N8 ?

* * *

Aucun spécialiste n’a jamais pu dire d’où vient le virus P4N8… Avant lui, nous avions eu droit aux grippes du poulet, à la pleurésie du cochon, à la variole du moineau et même à la chaude-pisse du chihuahuas, qu’on a tous été obligé d’abattre en grand nombre.

Les lobbies de chasseurs s’en donnent à cœur joie pour trouver des virus en provenance des biches, sangliers et autres faisans, arguant par là que seule, une chasse vigoureuse serait en mesure de faire baisser le risque sanitaire pour l’humanité. Lors des derniers référendums, ils ont quand-même obtenu près de 22% des voix avec ces arguments simplistes.

Les laboratoires pharmaceutiques, les seules industries à tourner encore à plein régime, cherchent d’où vient cette saloperie de virus, qui est en train de faire des coupes sombres dans la population.

Ce micro-organisme mute plus vite qu’on arrive à produire des vaccins et des médicaments, et prend tout le monde de vitesse. Surtout ceux qui n’ont pas cru bon de faire attention.

Il faut dire que, depuis le début du XXIième  siècle et son H1N1, les alertes répétées à la pandémie ont fini par agacer tout le monde. Rapidement, on n’a plus pu se promener dans la rue le nez à l’air sans qu’une bonne âme ne vienne vous offrir un masque pour votre bien. Plusieurs émissions à la télévision se sont épanchées sur des parents précautionneux élevant leurs bambins dans de véritables cages isolées : maisons calfeutrées, cours par correspondances, poussettes remisées à jamais au placard et désinfection obligatoire pour chaque visiteur. Au début, les reportages sur de tels excès ont fait scandales, jusqu’à ce que ces modes de vies deviennent courants, puis qu’ils soient maintenant conseillés.

Il est vrai que les vastes étendues d’Afrique et d’Asie où, paraît-il, on n’entend plus âme qui vive, rendent assez pessimistes.

Le P4N8 a commencé comme les autres, et s’est retrouvé identifié par le réseau d’alerte qui maille la planète pour détecter les virus potentiellement pathogènes.

Dans un premier temps, il n’a pas été traité autrement que ses confrères : répertorié, mis en présence de tas de médicaments et photographié sous toutes les coutures. Les études ont été menées, mais il ne semblait pas spécialement « prometteur ».

Il faut dire que les pandémies précédentes ont laissé l’humanité habituée à vivre la goutte au nez, toujours à portée de main d’un paquet de mouchoirs et de lingettes désinfectantes.

P4N8 a été une véritable bombe quand on s’est rendu compte que le taux de mortalité dans les laboratoires qui l’étudiaient avait augmenté de façon significative.

Même les actionnaires des industries pharmaceutiques ont pris peur, c’est dire !

Dans les restaurants, il n’a plus été question d’éternuer sans qu’un videur ne vienne vous mettre illico dehors. Des récalcitrants et de simples allergiques, qui imploraient qu’on leur laisse finir leur repas tranquille, ont été trainés entre les tables avant d’être jetés dans le caniveau. Les premières scènes de ces brutalités prophylactiques ont enchanté tout le monde, jusqu’à ce que la nausée se généralise et ne tire la fréquentation vers le bas.

Aujourd’hui, on ne trouve plus pour déjeuner en ville que quelques rares restaurants hyper-selects ou bien de furtifs camions de vente d’une nourriture rapide et aseptisée.

Les citadins ont bien essayé de remplacer leurs sorties par des fêtes organisées chez eux. Hélas, ces rassemblements festifs ont tourné court : entre ceux qui n’autorisaient l’entrée qu’aux hommes-grenouilles recouverts de latex et ceux réservés uniquement aux convives ayant subi une inspection médicale, le goût de la fête s’est rapidement affadi, au profit de relations exclusivement virtuelles par Internet.

En moins de quelques années, ce virus a rayé de la liste des vivants des personnes par centaines de millions.

La Grande Peste Noire de 1348 fait pâle figure à côté de P4N8.

En deux hivers, les pays pauvres se sont retrouvés quasiment vidés de leur pauvreté.

Quelques mois encore après, les pays riches, se sont vidés de leurs richesses aussi.

Ce virus a des particularités inconnues, mais comme tous ceux qui l’étudient meurent, on n’a rapidement plus su quoi que ce soit. A un moment, les gouvernements aux abois ont cherché à astreindre à la Recherche Pharmaceutique toutes les personnes ayant eu une formation en médecine ou en biologie. Les ordinateurs ont fonctionné à plein régime pour débusquer qui, dans la population, avait de près où de loin approché ces disciplines.

Heureusement pour les ex-étudiants en médecines et les biologistes repentis, les informaticiens sont morts avant eux, et les ordinateurs sont restés silencieux de leurs listes délatrices.

Le virus a commencé à s’attaquer plus particulièrement aux hommes.

Pendant des semaines, on les a vu perdre leur superbe et commencer un lent déclin qui s’est emballé jusqu’à la folie. Des millénaires de domination masculine se sont retrouvés bien inutiles pour sauver les phallocrates de leur trépas précoce.

Il n’a pas fallu une saison pour que les rares mâles restant debout soient recherchés de toute part et deviennent de précieuses monnaies d’échanges pour les femelles sans scrupules qui ont pris les rênes laissées par les anciens rois.

On ressasse aussi à l’envi d’atroces légendes urbaines sur des maris emprisonnés par des clans de femmes avides et laissés à leur plus entier caprice, parfois même sans le consentement de ces hommes-objets.

Cette ambiance de fin de règne corrompt l’humanité et engendre des excès inimaginables.

* * *

Mais toutes ces réflexions ne m’aident pas dans ma fâcheuse position…

Je suis maintenant coincé sous le lit de ma maîtresse depuis vraiment longtemps…

J’ai peur…

C’est une femme brûlante, aux sens exacerbés. Le moindre effleurement de sa peau la submerge d’ondes érotiques auxquelles elle ne résiste jamais longtemps.

Il fait beau depuis plusieurs jours et, malgré la Mort qui plane dans les rues désertes de son village, le soleil qui baigne le monde de ses rayons chaleureux ne la laisse pas indifférente, surtout quand une brise légère fait frissonner son corps dénudé.

Ça fait déjà quelques semaines qu’elle est quasiment seule et que ses copines sont parties. Il parait qu’on aurait trouvé un vaccin, dans un laboratoire autrichien. Depuis que cette nouvelle a été captée par la radio, les survivantes prennent quelques affaires, montent dans une des nombreuses voitures stationnées ça et là depuis des lustres et partent vers Vienne, où, peut-être, on pourrait leur assurer une vie plus longue ou plus épicée que le désespoir ne le leur laisse craindre.

Ma maîtresse n’a pas eu envie de se joindre à ces forcenées de l’optimisme… Elle est un peu fatiguée et souffre de quelques courbatures.

Hier a vu le départ de sa dernière voisine…

Aujourd’hui, ma maitresse vérifie que les gêneuses alentour sont bien toutes parties, avant de venir me chercher dans sa penderie, où elle me cache depuis longtemps.

« Mon beau sex toy, viens me consoler ! » dit-elle en me prenant dans sa main…

Moi, je suis tout heureux de me retrouver à l’air libre, depuis le temps que je suis confiné…

Elle se jette sur le lit en m’invitant…

Son corps est chaud…

… brûlant…

… volcanique…

… fiévreux …

FIEVREUX ?????

Ce mot éclate dans mon esprit alors qu’elle bascule du plateau de son désir dans le maelström de son plaisir…

Elle pousse un hurlement immense, plus grand que le plus sauvage entendu d’elle…

Une contraction plus puissante que jamais lui donne un spasme auquel je ne peux résister.

C’est ainsi que je me suis retrouvé projeté hors du lit et que, par un de ces hasards que seul le Démon peut provoquer, j’ai roulé dessous.

Depuis, plus rien ne bouge, plus rien ne bruisse…

Son dernier cri m’a paru bien grand pour une petite mort…

Quand j’y repense, j’en frissonne jusque dans les piles…

———————————————————————-

Avez-vous aimé ce conte? D’autres histoires de la même veine vous attendent. Cliquez ici pour la table des matières.

Publicités

3 commentaires sur “PetitAnge – Le dernier cri du sex toy

  1. Arrivée par ICI par hasard, je me régale et … reviendrai !

    Pôv » Sex-toy !
    en tout cas si on ne peut plus se faire la bise… les sex-toy ont de l’avenir !
    celui-ci a du faire la guerre des Etoiles ou l’Ena pour avoir compris le 21ème siècle si bien !!

    je vais fouiller ce blog ! (je t’ai/vous ai déjà mis dans mes liens pour ne pas te/vous perdre – même si chez moi … on fait île à part … je veux ma part de
    Palimpseste !! – et pas qu’un zeste !)

    J'aime

  2. Après le H1N1, le P4N8 !…. Vous allez faire sombrer tous les hommes dans la psychose !!! Mdr.
    Une petite histoire bien menée pour une lecture divertissante garantie !
    J’ai adoré !

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s