II – Travailler plus et recevoir moins

A l’occasion de la Journée Internationale des Droits de la Femme, je vous propose trois contes :
  1. Travailler moins pour manger plus (publié le 8 mars 2010)
  2. Travailler plus et recevoir moins (publié le 13 mars 2010)
  3. Travailler autant et gagner autant (publié le 17 mars 2010)
Bonne lecture !

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« Et je me suis aussi plue dans un rêve étrange où je faisais des choses horribles. », ajoute Lady Bloomfields dans un souffle à l’adresse du révérend Bakerford.

Le presbytère est plongé dans la pénombre d’une soirée de fin d’hivers, froide et ennuyeuse. Le pasteur voit pourtant bien les yeux brillants de son ouaille, la femme du principal marchand de chevaux de la bourgade. Comment peut-on se passionner pour quoi que ce soit dans ces campagnes anglaises où il ne se passe jamais rien ?

La femme du notable passe son temps à l’église à s’y accuser de mille péchés dont bien peu ont été réellement commis, quêtant une absolution aussi complète que peu contraignante auprès du pasteur, un homme dont pourtant rien dans l’esprit ou le physique n’inspirent la moindre excitation. Mais elle aime entendre les soupirs du pasteur qu’elle pense liés aux turpitudes infernales dans lesquelles elle aime dire se vautrer.

De son côté, le pasteur n’écoute qu’à peine la pie face à lui. Il souffle sur lui-même qui n’a même pas le soutien d’une confession pour soulager sa conscience : qui dans la hiérarchie des intercesseurs du Christ irait offrir sa rédemption à un clerc ruiné par une partie de carte ? Hier soir, un petit homme malingre, au visage grêlé de vérole, a débarqué au presbytère en demandant un abri pour la nuit. Il a offert de partager une bouteille d’alcool de poire en échange du gîte et d’un repas chaud, avant de défier le prêtre aux cartes après le dîner.

Peu méfiant, ce dernier a donné dans le panneau et, ce matin, s’est réveillé sans un sou, ratissé par le joueur professionnel disparu après lui soutiré toutes ses économies… Dieu lui avait pourtant eu l’air favorable au début, avant de l’abandonner lâchement au vice des enjeux d’argent.

Une fois que leurs deux abattements sont un peu rassasiés de ce maigre contact humain, le prêtre absout Lady Bloomfields d’un signe de croix mécanique. « Elle a pourtant la belle vie », pense-t-il. « Elle ne travaille pas et sa seule occupation reste de houspiller sa valetaille ».

–   Vous saluerez votre mari, dit-il en aidant la femme à enfiler son manteau.

–   Je lui transmettrai à son retour de Londres. Il est parti vendre quelques poulains et reviendra prochainement.

–   Ah parfait ! Il a de la chance de pouvoir ainsi voyager. Les campagnes d’ici sont parfois tellement figées qu’on croirait qu’elles seront toujours identiques dans mille ans.

–   Sans doute, oui. Mais dites-moi, connaîtriez-vous un homme de peine libre pour une semaine ? Ma sœur qui habite le comté d’Augiaslake cherche quelqu’un pour nettoyer ses écuries. Elle m’a demandé si nous n’avions pas quelqu’un. Mon mari est parti avec le régisseur et je préfère garder mes domestiques ici plutôt que les envoyer là-bas.

–   Je peux essayer de me renseigner. A combien se monteraient les gages ?

–   Je ne sais pas. Je donne cinq shillings à mes valets par jour. Ma sœur donne sans doute quelque chose d’équivalent à ses employés.

A ces mots, le curé a une idée pour se refaire : prendre une semaine sous un prétexte quelconque et aller travailler là-bas incognito. Transformer une vieille soutane en robe se fera au prix d’un ruban, tandis qu’un fichu couvrira ses cheveux et qu’un ballot de paille lui fera une poitrine avachie, propre à tromper des maîtres qui n’ont pas l’habitude de regarder leurs ouvrières en extra.

–   Accepterait-elle une femme ? Une mienne cousine, de passage justement hier, m’a demandé de l’ouvrage. Elle est aussi forte qu’un homme. Je réponds d’elle. Confiez-moi une lettre de recommandation et votre sœur aura son écurie propre.

–   C’est bien aimable à vous de la proposer. Je reconnais là votre grande âme.

Le lendemain matin, alors que le soleil n’est pas encore levé, le révérend place une affichette sur la porte du presbytère annonçant une semaine d’absence pour cause de décès et part vers Augiaslake avec un simple baluchon.

Sous les traits d’Angela Bakeford, il affronte le régisseur de la sœur de sa fidèle. La lettre d’introduction est suffisante pour l’homme, qui l’embauche sans vraiment la regarder. La tâche est prévue pour sept jours pleins. Elle couchera dans une mansarde au dessus de l’écurie qu’elle doit nettoyer.

–   Quels sont les gages ? demande Angela

–   Qu’est-ce que la sœur de la maîtresse t’a dit ? demande le régisseur sans répondre

–   Elle ne m’a pas dit pour la tâche. Mais elle donne cinq shillings par jour pour ses domestiques.

–   C’est un salaire d’homme, ça.

–   Vous pourrez voir que je travaille aussi bien qu’un homme.

–   On verra. J’en parlerai à la maîtresse.

–   Merci monsieur.

–   Ah ! J’oubliais. Comme tu es une femme, tu auras la garde des enfants des journaliers, pendant qu’ils sont aux champs. On te les amènera à l’écurie.

–   D’accord, dit le curé, se souvenant de la façon dont les enfants de chœur sont sages avec lui. Je ferai ça aussi.

–   Tu commenceras dès cet après-midi.

Le pasteur songe que ces 35 shillings reconstitueront sa cagnotte, à défaut de refaire ses économies. Qui sait, peut-être retrouvera-t-il la chance aux cartes ? Dieu ne l’abandonnera pas une deuxième fois !

L’ouvrage ne lui fait pas peur. Il balaie lui-même le presbytère, astique ses propres meubles et s’occupe de la mule prêtée par ses ouailles.

Mais il déchante devant les écuries : le long bâtiment peut abriter jusqu’à soixante chevaux, pour l’instant hébergés dans un autre haras au sud du domaine. La batisse a été abandonnée suite à un incendie et doit être maintenant réhabilité. L’endroit sert de décharge et de latrines depuis plusieurs années. Les box sont remplis d’un bric-à-brac de ferrailles enchevêtrées et dangereuses, le sol du manège est recouvert d’une épaisse couche de boue mélangée aux excréments des domestiques.

Quand il proteste devant le régisseur de la différence entre nettoyer des écuries et vider un dépotoir, celui-ci se contente de lui lancer avec hargne « cherche pas à m’emmerder si tu ne veux pas perdre ton travail avant de le commencer ».

Laissée seule, Angela dégage l’entrée principale des écuries quand le régisseur amène quatre enfants déguenillés et morveux.

« Ils sont pour toi. Ce sont les enfants des faucheurs. Ils seront mieux ici qu’à gêner leurs parents aux champs. L’année dernière, l’un d’eux est tombé dans le hachoir à paille et on a  arrêté de travailler pendant deux journées le temps de le réparer. Fais attention à eux, qu’on soit pas encore obligés de tout démonter pour en sortir les bouts. ».

Trop petits pour garder les oies ou aider aux foins, les enfants se révèlent tout de suite impossibles à canaliser. Ils n’ont qu’une envie : retourner auprès de leurs parents même au prix des taloches généreusement distribuées par le pasteur.

Essayant de les enrôler à son profit, il leur fait porter quelques charges adaptées à leur frêle constitution. Malheureusement, l’un d’eux s’écrase le pied avec un moellon tandis qu’un autre s’entaille la main sur un fer rouillé. Non seulement ils n’arrivent plus à aider, mais dérangent les autres par leurs pleurs.

Le prêtre est finalement obligé de les attacher pendant qu’il déblaye un box, avant de les y loger.

Il peut alors reprendre à coltiner les quintaux de gravats accumulés depuis des années.

Au soir, les parents viennent chercher leur progéniture. Angela continue en attendant la soupe.

La nuit tombe quand le régisseur paraît pour signifier que le travail peut s’arrêter. Il se présente en sabots, ses bottes de cheval à la main. Marchant avec morgue sans prendre garde aux tas de poussières, il se campe devant Angela.

–   Tu peux aller à la soupe. C’est tout ce que tu as fait ?

–   Mais… Je n’ai pas arrêté !

–   J’ai entendu dire que le petit Francis était à moitié estropié. Tu lui aurais jeté un caillou.

–   Non, je vous jure ! Il se l’est tombé tout seul sur le pied.

–   Tu n’as pas été capable de l’empêcher ? Et s’il boite à vie, ses parents en feront quoi ? On ne peut pas garder des fainéants ni des boiteux, ici. Le maitre a besoin que tout le monde marche bien.

–   Je suis désolée. J’ai essayé de les tenir à l’œil.

–   Ça suffit tes jérémiades ! Voilà mes bottes. Tu les poseras à l’entrée demain matin. Et tâche qu’elles brillent !

–   Mais. Pourquoi ? Ca ne fait pas partie de notre contrat !

–   Le contrat ? Quel contrat ? Tu es ici pour travailler, pas pour te reposer. Tu feras mes bottes et ne viens pas m’emmerder si tu ne veux pas perdre ton travail. Y’en a plein comme toi qui voudront de ta place.

–   Justement non ! Je sais que….

Mais un petit coup sec de cravache sur la joue du prêtre le fait taire.

–   Je t’ai dis de ne pas m’emmerder. Alors m’emmerde pas, sinon il pourrait t’en cuire beaucoup plus.

La soupe est un brouet clair, qui rassasie à peine le curé, d’autant qu’il prélève un morceau de lard pour lui servir de cirage tout à l’heure. Le prêtre est tellement épuisé qu’il avale son déjeuner sans dire un mot et repart vers l’écurie y dormir. Avant de sombrer dans le sommeil, il nettoie les bottes et les fait reluire au mieux, sacrifiant un pan de sa soutane pour frotter le cuir.

Le lendemain arrive beaucoup trop vite : un coup de pied le tire d’un sommeil profond. Le régisseur lui crie de descendre travailler. Comme Angela est en retard, elle devra attendre midi pour manger.

Elle parque les enfants dans le box avant de s’atteler à son labeur. Toute la journée, ils pleurent et gémissent. Jugeant dangereux de les laisser libre le midi, elle les laisse enfermés pour aller chercher son bol de soupe. Elle jette aux mômes un quignon de pain et les laisse se débrouiller pour le partage. Le boiteux, encore mal remis de ses orteils écrasés, est le moins rapide et doit passer son tour.

Au soir, le régisseur est d’une humeur massacrante. Il jette à Angela une chemise tachée de sang qu’elle devra laver à la rivière, et rendre sèche le lendemain. Malgré sa fatigue, les lavandières la conduisent au lavoir.

Les jours se suivent et se ressemblent, sauf pour le travail que le régisseur lui jette en fin de chaque journée. Après la chemise, il a fallu écorcher des lapins, aiguiser des faux puis participer à une battue pour éloigner un renard qui avait pénétré dans le poulailler.

Heureusement pour lui, le prêtre a pris l’habitude de réciter son mantra personnel « 35 shillings, 35 shillings, 35 shillings… ».

Si le régisseur traite Angela toujours avec le même mépris, elle reçoit la visite de la maîtresse, une femme rougeaude, à l’air enjouée.

–   C’est bien, l’encourage-t-elle. Si tu travailles bien et me rends l’écurie complètement propre, tu pourrais bien repartir avec 5 shillings de plus.

–   Merci. Je ferai mon possible. Mais puisque vous en parlez, je voulais savoir pour mes gages. Le régisseur n’a pas su me le dire.

–   C’est le maître qui décide les gages.

–   Votre sœur a dit à mon cousin qu’elle donnait 5 shillings à ses domestiques par jour.

–   5 shillings ? Mais c’est un salaire d’homme.

–   Oui. Mais d’un autre côté, je fais beaucoup plus : je garde les enfants des paysans et je rends des services au régisseur.

–   Ça, je ne veux pas le savoir. Si tu as tes affaires avec le régisseur, tu dois t’arranger avec lui. Mais je te préviens : si tu essayes de le circonvenir avec tes manières, je te ferai fouetter. C’est un homme intègre, marié avec une des filles du marchand de tissu. Fais attention à toi !

–   Mais je ne voulais pas du tout parler de ça ! Je disais seulement que…

–   Ça suffit ! Ne cherche pas à faire ton intéressante si tu ne veux pas perdre ton travail et ton salaire. Tais-toi !

–   Excusez-moi madame. Je voulais seulement savoir quels seraient mes gages.

–   Je dois partir. Tu verras ça samedi soir, le jour de la paye.

–   Merci madame.

–   Je préfère t’entendre ainsi. J’y vais.

Mais en partant, elle se retourne et lance d’une voix adoucie « et n’oublie pas ! Une écurie propre, c’est 5 shillings de plus ! ».

Galvanisé par cette promesse, le prêtre redouble d’efforts, malgré son épuisement. Il reste deux jours pour gagner une journée en sus de sa paye espérée.

Le samedi arrive. A midi, l’écurie est totalement débarrassée, fin prête pour un lavage à grande eau. Durant deux heures, Angela va et vient avec ses seaux. Ses muscles la font souffrir le martyre, mais il n’est pas question qu’elle laisse les cinq shillings de prime.

Quand elle contemple son œuvre finie, elle pousse un soupir profond. Tout est déblayé et sent même le propre. Se souvenant tout à coup de Dieu, elle s’avise que la fatigue lui a fait oublié la moindre prière depuis une semaine. Angela retire son fichu et s’agenouille pour réciter une action de grâce d’une grande ferveur. S’excusant de sa faiblesse, elle offre à son Seigneur sa reconnaissance épuisée et promets qu’on ne l’y prendra plus.

La cloche de la chapelle du domaine rythme la vie de la communauté. Son carillon du samedi est attendu des journaliers et autres employés, puisque c’est le moment de la paye.

Quand elle entend l’appel, elle remet son foulard, ajuste sa robe et rajoute deux poignées de foin dans son corsage. Elle part d’un bon pas rejoindre la file des domestiques, sans voir leurs enfants que la maîtresse guide vers de grandes flaques de boue, les bras chargés de vieux objets hétéroclites et rouillées, extraits du tas des ordures retirées de l’écurie par Angela.

Les domestiques, le chapeau bas et les yeux rivés au sol, avancent par ancienneté vers la table où se tient le régisseur. Il donne à chacun sa paye en puisant des pièces de cuivre dans une bourse et inscrit dans un registre la somme versée à chacun.

Arrivée en dernier, Angela passe quand les autres sont déjà partis.

–   Bonjour monsieur

–   Ah ! C’est toi.

–   Oui. C’est fini. Ça a été dur, mais j’ai pu terminer mon ouvrage comme demandé. Et même mieux. L’écurie est totalement nettoyée, comme la maitresse voulait pour donner la prime de 5 shillings supplémentaire à mes gages.

–   Ah oui ? Ce n’est pas ce qu’on m’a dit.

–   Quoi ? Mais si. Demandez à la maitresse. Elle m’a promis 5 shillings si l’écurie est propre.

–   Ça je sais. Mais l’écurie n’est pas propre. Tu auras tes gages, et pas un sou de plus.

–   Mais ! C’est pas vrai ! l’écurie est propre ! Venez voir ! On vous a menti.

–   Je ne veux pas le savoir. L’écurie est sale et on t’a payé pour qu’elle soit lavée. Si c’était moi, je ne te paierais rien du tout, souillon !

Le prêtre étouffe en sanglot et éclate de colère.

–   L’écurie est propre ! j’ai droit à mes gages et à ma prime !

Le régisseur esquisse un sourire mauvais.

« L’écurie est propre ! L’écurie est toute astiquée ! »  continue à brailler le prêtre au bord de l’hystérie.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? », tonne une grosse voix depuis la maison. Mécontent d’être troublé dans sa soirée, le maître rejoint le régisseur à la table. Angela le voit pour la première fois : taille colossale, trogne tordue, front fuyant, cheveux gras et barbe fournie, il n’aborde pas une mine engageante.

–   C’est elle. Depuis son embauche, elle n’arrête pas de faire des problèmes.

–   C’est pas vrai ! J’ai travaillé dur. Mais la maitresse m’a promis 5 shillings de plus si je finissais bien l’écurie. Et elle est toute propre.

–   Eh bien on va voir ça. Régisseur, Donne-moi ses gages. Je vais l’accompagner à l’écurie et lui donner si c’est briqué. Et je te préviens, la gueularde: si l’écurie n’est pas aussi propre que tu dis, je te a fais astiquer avec la langue jusqu’à ce qu’elle brille.

Un mauvais pressentiment étreint le prêtre dès les abords de l’écurie, dont la porte est maintenant maculée de boue. Quand ils pénètrent dans le grand bâtiment, le sol est jonché d’immondice et des crottes fraîches empuantissent l’air.

–   C’est ça que tu appelles propre ?

–   Je vous jure ! C’est pas moi ! L’écurie était propre !

–   Regarde toi-même. C’est sale. Tu as essayé de me tromper ! de me voler !

–   Non ! non et non ! C’est pas moi. Ça doit être les enfants !

–   C’est ça ! N’essaye pas d’accuser les autres.

Le maître, en colère, avance sur elle. Angela recule jusqu’à être coincée par un chevalet.

En pleurs, le prêtre sent la panique le gagner. Le maître a un sourire sadique, comme tous les hommes qui s’apprêtent à dérouiller une inférieure. Il met ses mains sur les épaules d’Angela.

Elle tente de se dégager maladroitement, la peur tétanise ses muscles alors que le maître la serre davantage dans ses doigts épais.

–   Laissez-moi, articule-t-elle dans un souffle. Donnez-moi mes gages et laissez les 5 shillings promis. Je vais partir ce soir.

–   Et bien tu vois que tu peux être raisonnable. Tu vois bien que l’écurie est sale. Excuse-toi d’avoir essayé de me tromper.

–   Oui.  L’écurie est sale et je m’excuse.

Le maître lui met deux pièces dans la main.

–   Et maintenant pars et qu’on ne te revoit plus. Tu as de la chance d’être payée. Les voleuses, ici, on les fouette.

Angela ouvre la main et voit deux pièces de dix shillings.

–   Mais ! C’est vingt shillings. J’ai travaillé sept jours et normalement c’est cinq shillings par jour. Ça devrait faire trente cinq !

–   Cinq shillings ? Mais c’est un salaire d’homme, ça !

–   Je veux le même salaire ! J’ai fait un travail aussi dur que les autres. Et en plus, j’ai gardé les enfants et lavé les vêtements du régisseur et écorché les lapins.

–   Et puis quoi encore ? Le salaire ici pour les femmes, c’est vingt shillings pour la semaine. Dégage !

–   Non, je veux un salaire comme un homme.

–   Dégage je te dis, avant que je ne me fâche ! Fout moi le camp !

–   Non. Je veux mon salaire. Comme un homme !

Elle ne comprend pas bien quand le maître sourit en répétant « comme un homme ? ».

L’énorme torgnole suivie d’un coup au ventre lui coupent le souffle. Son corps ne réagit plus quand le maître la retourne contre le chevalet, soulève sa robe d’un geste brusque et baisse son pantalon.

Le prêtre reprend connaissance à la nuit noire, transpercé d’une insondable douleur. Ses mains crispées tiennent toujours les vingt shillings. Apparemment le maître ne s’est même pas rendu compte que cette « Angela » ne pouvait être violée que « comme un homme ».

Mais aurait-il cru qu’un homme puisse jamais accepter de travailler autant pour recevoir si peu ?

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Avez-vous aimé ce deuxième conte de la Journée Internationale des Droits de la Femme?
Lisez les autres :
  1. Travailler moins pour manger plus (publié le 8 mars 2010)
  2. Travailler plus et recevoir moins (publié le 13 mars 2010)
  3. Travailler autant et gagner autant (publié le 17 mars 2010)
Bonne lecture !

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5 commentaires sur “II – Travailler plus et recevoir moins

  1. J’ai reçu votre message et en allant lire votre nouveau texte je me suis aperçus qu’il m’en manquait un. C’est une très bonne histoire merci beaucoup de l’avoir publié.

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  2. Cette histoire est terrible, et j’hésite entre les larmes et la colère, pour toutes ces femmes, et elle sont si nombreuses, qui ont du et doivent encore à travers le monde, vivre un tel enfer.

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  3. Puisque le sort des hommes vous semble si enviable, ne vous gênez pas, venez travailler sur les chantiers, dans les egouts, sur les lignes hautes tension, dans les mines… Vive la parité, à condition qu’elle soit globale ; il doit y avoir 50% de femmes cantonnier, plâtrier, égoutier, derrière un marteau-piqueur, électronicien, pilote de ligne. Mesdames… à vous de jouer !

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