LI – La (presque) vraie histoire du Diable

Les lecteurs assidus des Ecritures auront remarqué la place prise par un bien peu fréquentable personnage : Lucifer, également dénommé le Diable. Cette figure du Mal est toujours opposée à Dieu, champion du Bien.

Plusieurs passages de la Bible se font l’écho de leurs querelles et s’attardent sur des chamailleries dignes des plus enfantins bacs à sable.

Selon sa racine latine, Lucifer signifie le « porteur de lumière »… Dieu se serait fâché avec lui pour avoir donné aux hommes les moyens de s’éclairer. L’histoire récente rend à Thomas Edison ce qui était à César : Lucifer n’a rien à voir avec l’élaboration des Saintes Ampoules, fussent-elles électriques.

En examinant le Diable par son étymologie grecque, on se rend compte de l’ampleur de notre dette envers lui : il aurait été en fait « jeté en travers » (sous-entendu : du Ciel) à cause des hommes.

Les historiens n’hésitent pas à recoller les deux histoires, suggérant que ce catapultage céleste découle d’avoir apporté la lumière aux hommes.

Notre Grand Architecte se serait-il méfié de ses propres créatures ? Les esprits retors l’insinuent, faisant remarquer qu’une humanité aveugle est plus facile à contrôler.

Une toute autre version des faits circule parmi les langues de vipères du Paradis. Même si les parchemins dépeignent le Diable comme une vraie peau de vache, il importe de rétablir les faits.

Eclairons les pages sombres des Textes Fondateurs !

Que c’est-il réellement passé ?

Voici la stricte vérité :

Tout est venu à la suite d’un déplacement professionnel de Dieu, parti créer un Nouveau Monde par-delà les Big Bang.

Le chantier devait durer en sept jours en tout. La chance et, soyons clairs, une coupable précipitation dans la besogne, permettent à Dieu de finir plus rapidement son boulot.

Au lieu de débaucher le huitième jour, la livraison est effectuée le samedi soir, permettant à Dieu de rentrer dès le dimanche, sans prévenir Madame.

Avec son sens habituel de la surprise, Il escompte tirer de ce retour inattendu quelques faveurs réservées aux maris expatriés retrouvant leurs pénates.

Pénétrant en catimini dans le Paradis, Dieu s’annonce par un Verbe et lance d’une voix aussi forte qu’impénétrable : « Etre là ! ».

Ravi de cette entrée en scène, il se dirige vers la chambre d’un pas assuré.

Il n’entend pas quelques exclamations confuses comme « Ciel ! Mon Dieu ! », ni le bruit d’une porte claquée.

Quand il ouvre la porte, l’Etre Suprême voit avec ravissement son fantasme se réaliser : sans doute alertée par le fameux sixième sens propre aux couples fusionnels, Madame l’attend, vêtue uniquement de sa panoplie de Buisson Ardent.Sans attendre, ils se mettent à célébrer ce retour. Mais à peine commencent-ils que Dieu entend un bruit dans le couloir secret qui relie la chambre à coucher au monde des humains.

Intrigué, il se lève et ouvre la porte à la volée pour tomber nez-à-nez avec une vague connaissance, Belzebuth, habitant à l’Est d’Eden.

–   Bonjour, balbutie ce dernier, visiblement gêné de la situation.

–   Qu’est-ce que vous foutez-là ? demande Dieu avec mauvaise humeur

–   Heu… Je suis parti ce matin explorer une caverne dont l’entrée est à quelques lieues d’ici. J’ai découvert qu’elle était habitée par les hommes. Puis, j’ai suivi un chemin vers le fond. J’ignorais aboutir chez Vous.

–   J’ai créé les hommes et m’occupe d’eux, explique Dieu, contenant mal sa colère. Je dois pouvoir leur rendre visite n’importe quand.

–   C’est très astucieux, le complimente le gonze. Je vais repartir par où je suis venu. Excusez du dérangement. Au revoir et bonjour chez vous ! Passez donc prendre l’apéritif à la maison un de ces prochains jours.

Belzebuth fait demi-tour pour s’éclipser.

–   Avant de partir, pourriez-vous m’éclairer ? interroge Dieu d’un ton cassant.

–   Oui… Oui… Que voulez-Vous savoir ?

–   Où sont vos vêtements ?

–   Heu… Je peux tout vous expliquer : il faisait très noir dans la caverne ! Heureusement, j’avais avec moi une toute nouvelle invention, appelée « lampe-torche ». Mais les hommes se sont jetés sur moi, frappés de peur en découvrant le royaume des ombres. Ils m’ont poursuivis et je ne leur ai échappé qu’en abandonnant mes vêtements dans la fuite. C’est pourquoi je suis dévêtu.

–   Quoi ? explose Dieu. Vous avez apporté la lumière aux hommes de MA caverne ? De quel droit troublez-vous ainsi mes expériences ? et sous mon toit, en plus !

–   Heu, ânonne Belzebuth. Vous voyez le mal partout… Je ne voulais pas vous heurter ! Ce n’est pas si grave ! Juste une peccadille sans conséquence ! Ne soyez pas aussi soupçonneux !

Mais ces vagues excuses sont bien insuffisantes pour calmer Dieu.

Outré du comportement irresponsable de ce gêneur si peu scrupuleux de la Création des autres, le Très-Haut saisit son interlocuteur à la gorge, le traîne à travers la maison, puis, toujours en l’invectivant à propos de la lumière, le jette en travers du jardin sans ménagement, sous le regard de tous les voisins, ravis du spectacle.

Par cet esclandre public, Belzebuth gagne ses sobriquets de Lucifer et de Diable, surnoms irrémédiablement collés depuis à ses basques.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là !

Peu de temps après cette altercation, le Créateur se rend compte que le monde des hommes regorge de bugs impossibles à corriger. Plutôt que d’assumer ses erreurs de conception, le Tout-Puissant décide de se défausser sur Belzebuth, prétendant que la malheureuse initiative de ce dernier est à l’origine des désordres planétaires et humains.

Pendant des milliers d’années, les historiens à la botte de Dieu trafiquent l’Histoire et inventent un Diable malfaisant, venu apporter la lumière aux hommes par pure malveillance et chassé manu militari en travers du Ciel une fois son forfait accompli.

Usant d’un caviardage servile, des journaleux accablent Belzebuth, rendu responsable de tous les maux de la Terre. Selon leurs sordides insinuations, on l’accuse même de l’Apocalypse qui règne entre Dieu et Madame.

Depuis, Belzebuth a été innocenté de toute implication dans ce divorce et blanchi concernant le célibat qui s’en suit, et auquel le Pur Esprit est acculé, ainsi que Son clergé.

Mais ce pauvre Diable reste marqué à jamais du sceau de l’infamie et demeure le bouc émissaire bien commode des vicissitudes divines.

Encore une imposture révélée par votre Palimpseste en peau de serpent, soucieux d’éclairer votre lanterne…

La (presque) vraie histoire du Diable

Illustration Isabelle(c)

Merci à LI dont le commentaire dans l’histoire précédente a été à l’origine de cette historiette…
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2 commentaires sur “LI – La (presque) vraie histoire du Diable

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