Neige Brûlante – Les dix enfants de l’amour

Contexte : tout est rigoureusement vrai dans ce récit sur les coulisses d’un don de sperme, sauf les prénoms, initiales, dates et autres numéros.

Tout à commencé il y a quelques semaines, par une conversation avec mon amie S., à Paris.

S. est de ces femmes qui, à l’orée de la maturité de leur être, n’ont pas renoncé à la maternité et se désole que la nature n’a pas permis à son cœur d’élire un compagnon génétiquement compatible. Cruelle flèche de la vie envers ces deux êtres qui rêvent de voir un jour la vie s’éveiller dans le ventre de madame, puis dans un couffin porté par monsieur et ensuite dans le vaste monde, porté par les deux.

Moi-même père, je ne peux que souscrire à ce projet qui donne à la vie une dimension complémentaire et décuple (a minima) le plaisir profond de vivre.

Lors d’un diner, S. m’avait annoncé qu’elle avait un grand service à me demander… Elle était restée énigmatique en lançant son invitation et, tout à fait franchement, je ne savais pas ce qu’elle avait en tête pour être aussi mystérieuse. Poussé par ma profonde amitié pour elle et la perspective d’un excellent repas, je n’ai pas hésité une seule seconde à me jeter dans la gueule d’une telle agnelle.

Entre la poire et le fromage (selon l’expression consacrée, parce que je crois bien que c’était dès l’apéritif), mon amie et son compagnon sont entrés dans le vif du sujet, si je peux m’exprimer ainsi :

« Pierre-Antoine, nous avons besoin d’un don très personnel de ta part. »

Avec une telle entrée en matière, la réponse était déjà oui. Un don pour des amis si proches, oui… mais un don de quoi ?

« … de sperme. »

Je ne m’y attendais pas le moins du monde.

« Tu sais que nous désirons un enfant, mais comme la nature nous refuse cette bénédiction, nous souhaitons faire appel à la science qui, dans ses progrès, permet de réaliser des fécondations que l’ardeur de nos rapports ne permet pas d’obtenir, malgré tout l’amour que nous y mettons ».

Ça, je me doutais bien qu’ils en passeraient un jour par là.

« Nous avons été au Centre d’Insémination et nous avons appris que, pour commencer le traitement, les délais sont particulièrement longs. Mais il existe une possibilité pour accélérer le processus, qui consiste à présenter un donneur. Ainsi, les couples qui permettent d’équilibrer le niveau des dépôts à la banque du sperme sont-ils prioritaires par rapport à ceux qui ne font que de bénéficier du système sans y contribuer ».

Devançant la question qui, je le sens, brûle ses lèvres, j’ai repris la parole :

– C’est oui pour ma part.

– Merci du fond du cœur, m’a-t-elle remercié. Mais réfléchis bien car ce n’est pas un acte anodin.

– C’est tout réfléchi, ai-je repris. Tu sais que je suis déjà donneur de sang, que j’ai sur moi ma carte de donneur de cornées et les coordonnées de France Transplant pour que, en cas d’accident, je puisse offrir ce qui reste de mes restes à quelqu’un qui en aura besoin.

– Oh Pierre-Antoine ! Merci encore, a-t-elle conclu, avec une gorge un peu enrouée et quelques larmes au coin des yeux.

Le reste du repas a été encore plus joyeux que d’habitude et, entre la bonne chair et le grand vin, nous avons refait le monde, en bien mieux qu’il n’est actuellement.

Quelques jours plus tard, je reçois de la part de S. un email avec les coordonnées du centre où m’adresser pour m’exécuter.

Je ne connais de la banque du sperme que ce que la rumeur laisse circuler : un endroit où l’on trouve des cabines et des bouquins pornos pour stimuler les messieurs… En fait, l’essentiel de mes connaissances vient d’une planche de Gotlieb qui, dans un de ses albums, montre un donneur spécialement peu inspiré par la littérature du lieu et qui, pour parvenir à ses fins, emprunte le « Valeurs Actuelles » du gardien des lieux.

Le premier contact avec le centre s’est déroulé par téléphone, pour prendre rendez-vous :

Moi………………… (voix hésitante) … heu… bonjour…

La secrétaire……. Bonjour.

Moi………………… (voix très hésitante) Ben… J’appelle pour un don. Je viens de la part d’un couple et il paraît que je dois prendre rendez-vous.

La secrétaire……. Très bien… Effectivement il faut prendre rendez-vous. Vous voulez recevoir du sperme ou donner un ovocyte ?

Là, je manque de m’étrangler… Je pensais avoir quand même une voix mâle et je ne pensais pas qu’on pourrait imaginer, au téléphone, que je vienne pour mes ovaires. Quand à recevoir du sperme, j’ai envie de répondre que j’aurais aussi vite fait d’aller dans n’importe quel club homo du Marais. Mais en fait, je ne réponds rien : je suis trop tétanisé pour faire de l’esprit.

Moi………………… (voix agonisante) Heu non… Je viens pour un don.

La secrétaire……. Ah ! Je vois… Vous venez pour recevoir un don de… de … ?

Moi………………… (voix mourante) … de sperme.

La secrétaire……. Pour recevoir un don ? Les prochains rendez-vous sont dans six mois.

Moi………………… Ah bon ? Je croyais que c’était plus rapide… C’est pour un couple d’amis qui m’a dit qu’il fallait qu’ils présentent un donneur.

La secrétaire……. Ah ! Vous voulez donner votre sperme ?

Moi………………… (rire teinté en jaune) oui…

La secrétaire……. (délicieusement confuse) Excusez moi, je n’avais pas bien compris, je croyais que vous veniez pour recevoir du sperme ou donner un ovocyte (elle se reprend)… enfin… votre compagne….

Moi………………… (soulagé d’être reconnu comme élément masculin) Donc, quand puis-je venir ?

Un rendez-vous est pris pour la semaine suivante, tôt le matin.

Le jour prévu tombe sur mon anniversaire…

Je ne suis pas spécialement attaché à fêter mon anniversaire, mais il m’a toujours semblé que le « Plan Q d’anniversaire » était plutôt une débauche de porte-jarretelles et de situation très érotisées destinées à rendre ce jour mémorable…

Cette année, mon anniversaire sera donc placé sous le signe non pas de la dentelle mais du gobelet en plastoc… ça promet d’être vraiment mémorable ! Qui donc a chanté que « le plastique, c’est fantastique ! » ?

Le lendemain, je préviens l’amie-maitresse avec qui je partage d’excellents bons moments que, pour une cause honorable, nous devrons rester sages quelques jours avant le prélèvement. Ça l’amuse et comme elle connaît un peu le couple pour lequel j’effectue le don, elle me déclare que, dans sa grande solidarité, elle ne fera rien pour me tenter… Charmant !

Quelques recherches sur Internet me permettent d’en savoir un peu plus sur le processus.

Pour moi, je n’ai pas de problème sur le fond : si S. avait besoin de mon sang, elle l’aurait… Elle a besoin de mon sperme, alors je le lui donne.

Par contre, l’idée de l’acte, sans me tarauder, n’arrête pas de me revenir en tête … Parce que soyons clair : il s’agit de se masturber pour la bonne cause, et je n’y suis pas habitué (aux bonnes causes)…

Le lendemain, je m’avise que l’adresse du centre est également celle du centre CNRS où travaille une amie biologiste, connue par l’intermédiaire de mon amie-maitresse. Mon premier réflexe est de lui proposer qu’on se voit après. Je lui envoie donc un email pour qu’on prenne un café à son labo et me propose d’amener les croissants.

Retour de l’email : « Peut-être. Mais quel est ce centre dans l’hôpital, et que fais-tu donc là-bas ? »

Réponse à son email :

Chère C.,

Il s'agit du centre de don du sperme...

Non pas que j'ai une vie monacale au point que je doive m'adresser à une banque, qui comme toute banque qui se respecte, est intéressée par me soulager de mon liquide...

Mais une de mes amies a entamé une procédure pour recevoir une insémination et les règles prévoient que tout couple qui fait une demande doit fournir un donneur, de façon à ce que le niveau des stocks ne baisse pas (oui, avec deux s)...

Elle m'a demandé, j'ai accepté... Tu me connais: il ne sera pas dit que je mollis devant une copine en détresse et que je ne mets pas la main à la patte quand il s'agit du bonheur des dames...

Bref, Pierre-Antoine, tope mais, interdit de motte, se dresse pour la pote sans lui proposer la botte...

Je remplis les conditions pour remplir le flacon (moins de 45 ans, ayant déjà eu des enfants, consentant)... Il ne me reste plus qu'à prendre sinon la dame, du moins le rendez-vous...

Glissons….

L’email à peine parti, je commence à le regretter : est-il bien équilibrant d’aller prendre un café avec une copine, juste après s’être livré à un tel exercice ? D’habitude, on évite de parler de ce genre de fluides corporels avec une dame qui n’a pas été la destinatrice d’un hommage à sa féminité… Surtout à une dame à qui je n’ai jamais caché qu’elle ne me laissait pas indifférent, malgré, semble-t-il, l’absence de réciprocité…

Quand même… J’appréhende d’arriver avec mes croissants devant elle, parée de son humour acéré et d’une bonne dose d’esprit… Je vois trop la scène de C. me demandant sur le ton de conversation mondaine « alors, cette éjaculation ? ça s’est bien passée ? Du lait dans ton café ? Un jet ou deux ? »

La réponse me parvient quelques minutes après :

Eh bien, je vois que tu es fort occupé, et que la perspective de donner de ton sperme à 8 heures du matin ne te refroidit pas !
Un vrai bon copain;
Mais je n'ai pas compris si tes spermatozoïdes iraient direct dans l'ovule de ta copine ou s'il y a redistribution aléatoire des patrimoines génétiques? Ce n'est pas plus simple de faire la manip in vivo?

Je ne serai pas à mon labo ce jour-là, mais je te fais de gros bisous
Prends des forces et à bientôt
C.

Je suis sauvé par son absence…

La veille du rendez-vous, je vais dans ma bibliothèque et y retrouve l’album de Gotlib sur la banque du sperme… Je décide d’en faire une photocopie, et de l’amener là-bas discrètement, pour l’y laisser à l’attention de ceux qui ne connaissent pas cette planche… On s’amuse comme on peut…

……………………………………

C’est le Grand Jour !

Le rendez-vous est à 9h30… Je me souviens que la première heure proposée était 8h… Je m’étais dit que c’était un peu tôt… J’ai pu changer mais finalement, qu’est-ce que ça change ?

Quelques stations de métro, et je franchis la grille…

L’hôpital est grand. Le centre est situé dans un building moche en vieux béton et cages d’escalier tristes… L’érotisme du lieu est très relatif et inspire plutôt d’aller se pendre plutôt que de jouir…

Première réflexion au pied de l’ascenseur : Le centre est au 6ème étage… Je me demande si « ils » se sont posé la question de le mettre plutôt au 7ème ciel…

L’ascenseur arrive avec lenteur et me laisse tout le loisir de croiser des tas de personnes qui ne se doutent pas qu’une seule pensée m’obsède : les conditions me permettront-elles quand même de m’exécuter ? Comment je fais si jamais « rien ne vient » ? Le cas doit se produire de temps à autres, mais ça doit être la super-honte pour le pauvre mec qui ressort avec un flacon désespérément vide…

L’ascenseur grimpe ses six étages au rythme d’un escargot boiteux et me laisse tout le temps de continuer à gamberger avec évidemment une petite voix au fond qui me souffle, charitablement : « tout aurait du bien se passer mais à cause de cette gamberge, tu ne vas jamais aboutir, et la secrétaire sera obligée de venir frapper à la porte pour savoir si tu n’es pas mort ! ».

Pourtant, s’il y a bien une chose que la masturbation n’agite pas chez l’homme, c’est l’esprit… J’en ai marre d’être habité par toutes ces pensées inutiles, alors que tout devrait être si simple.

Je suis maintenant au 6ème étage… Plus qu’une porte à pousser…

J’entre dans un tout petit couloir qui sert de salle d’attente, l’accueil se tient dans le fond…

Bravement, j’avance.

Dans ce secrétariat réduit (ou même un réduit secrétarial), deux femmes : une jeune et jolie noire, et une européenne plus mûre.

Que des femmes ! C’est bien ma chance…

Mais avec des hommes, ça aurait été sans doute encore pire.

Les secrétaires sont souriantes et accueillantes. Mais laquelle est celle qui m’a répondu au téléphone ?

La secrétaire……. Bonjour. Vous désirez ?

Moi………………… (en moi-même : « je désire ? heu… j’ai envie de répondre que comme je viens pour jouir, il y a des chances pour que je la désire elle… mais décidément, je n’arrive pas à jouer les boute-en-train)  J’ai rendez-vous pour un don.

La secrétaire……. Quels sont vos noms et prénoms ?

Moi………………… Pierre-Antoine, D.

La secrétaire……. Oui… Vous avez bien rendez-vous.

Elle prend un dossier pré-rempli avec le numéro 17-982… Ainsi, c’est tout ce que mes futures inséminées sauront de moi : je suis « Monsieur 17-982 » sans rien de plus.

La secrétaire commence à remplir le dossier.

La secrétaire……. Votre date de naissance ?

Je lui dis et la vois esquisser un sourire.

La secrétaire……. Et bien… Bon anniversaire, alors !

L’autre secrétaire, la jolie noire, a un bon rire et un sourire malicieux.

Moi………………… (air faussement blasé de circonstance) Oui… Merci… Je sens que, cette année, ça va être mémorable !

Les secrétaires s’amusent, moi aussi… Finalement l’ambiance est détendue : ça tombe bien parce qu’il faut que je me détende.

Je regarde les deux femmes : des hommes qui sont venus, combien ont pensé à elles à l’ultime moment de leur don, parce qu’elles ont été les dernières femmes qu’ils ont vu ou à qui ils ont parlé avant d’entrer dans la cabine ?

Comme la plupart des hommes, j’ai un peu de peine à me glisser dans la peau d’un gynécologue. La situation pour elles me semblent un peu parallèle : je me demande quelles sont leurs pensées à voir entrer des dizaines d’hommes qui se font jouir de l’autre côté du mur, et à les voir ressortir le feu aux joues comme si de rien n’était. Drôle de chose que de « travailler là où les autres s’amusent », comme le dit la très classique blague.

Pendant que nous remplissons le dossier, un coup de téléphone arrive. J’entends la jeune black répondre :

– Bonjour monsieur.

– …

– Oui… vous êtes à la banque du sperme.

– …

– Tout à fait…

– …

– Ah non ! Ce n’est pas possible. C’est interdit.

– …

– Pas en France. En Belgique, en Suisse ou en Espagne.

– …

– Non… La réglementation l’interdit.

– …

– Oui… Au revoir, Monsieur.

Ce petit demi-dialogue me laisse penser que c’est sans doute un homme qui aimerait savoir s’il peut vendre son sperme. J’en suis stupéfié, même si je n’en suis pas spécialement surpris. Faire un don pour une amie, soit, mais ma situation matérielle me met à l’abri de me demander si je peux ainsi tirer de l’argent de mon sexe. Déjà en tant que gigolo, je ne suis pas certain que ça marcherait, mais je n’aimerais pas faire « ça » pour de l’argent… Mais cet homme qui appelle, qu’est-ce qui peu le motiver ainsi ?

Mon esprit divague et j’imagine des situations plus cocasses : par exemple que l’appel émane d’un homme poussé par sa femme qui, lassée de l’appétit sexuel de son mari, cherche à tirer profit de sa puissance de taureau… ou bien d’un homme peu fortuné, souhaitant acheter une magnifique bague à sa fiancée, et qui compte passer ses journées ici, à s’épuiser « au travail ». Jolis sujets de nouvelles, que je développerai peut-être un jour…

Décidément, cet endroit est plein de surprises…

La secrétaire finit de remplir le dossier et me prévient que je vais avoir un entretien avec un médecin. Elle me fait attendre dans la salle d’attente.

Un médecin ? L’irruption de la potentialité d’un homme me trouble, même si je me dis que tout cela, c’est de la médecine, et qu’il ne faut pas laisser à la psychologie plus de place qu’elle n’en mérite. Je me concentre donc sur le côté purement physiologique des choses… Mais ça ne marche pas…

Quelques minutes plus tard, le médecin arrive : c’est une jeune femme mignonne comme un cœur, au regard chaleureux et qui dégage une belle humanité… Comme en fait toutes les personnes que j’ai pu croiser depuis ce matin…

Elle prend le dossier et me demande de la suivre. Mes hormones masculines, bien malmenées par la pensées et pas du tout sollicitées depuis des jours, commencent à me souffler un tas de propos salaces pendant qu’elle me précède dans le couloir jusqu’à son bureau.

L’entretien se déroule d’une façon très professionnelle, mais également très humaine. On m’explique le processus et les différentes étapes de celui-ci. J’apprends plein de choses sur les paramètres spermatiques et les paillettes. Le discours est rôdé et je ne peux m’empêcher d’essayer de savoir combien de fois cette jeune femme a parlé à des hommes de leurs éjaculats, terme qui regroupe un curieux paradoxe masculin : c’est à la fois le centre absolu de nos vies, et sans doute l’un des termes les moins utilisés, que même l’écrasante majorité n’entendra jamais durant son existence terrestre.

Je donne quelques paramètres approximatifs de taille, corpulence, couleur des cheveux et des yeux… pour la couleur de peau, c’est assez simple… Il ne manquerait plus qu’un couple au look de vikings élancés ne reçoive ma semence.

Mon esprit essaye de deviner le visage des femmes qui me recevront, et des hommes qui sont là à attendre… Je connais en fait trois couples qui ont eut recours à ces techniques, et je connais trop l’angoisse de ces familles qui quêtent l’enfantement et y sacrifient autant de temps que d’ego. Alors je suis heureux si je peux rendre service à leurs semblables.

J’apprends également que mon sperme sera utilisé jusqu’au dixième enfant maximum, pour éviter tout risque de consanguinité…. Pourtant même avec mille, il me semble que le risque serait plus que minime… Mais soit… si mon sperme est de « bonne qualité », j’aurai dix enfants biologiques dans la nature, à qui je souhaite une existence de bonheur, entourés de parents aimants et heureux.

Le questionnaire avance et ma jolie doctoresse me demande à quand remonte ma dernière éjaculation… Je sais qu’il faut que je réponde que c’est plus ancien que trois ou quatre jours… mais comment dire à ce visage d’ange que la vie d’un célibataire ne compte pas ce genre de cycles, et qu’on y parle plus en semaine ou mois qu’en journées ?

Mais ce n’est pas facile à dire à une aussi jolie jeune femme, fruit rayonnant d’une féminité qu’on a furieusement envie de croquer, que son questionnaire ne s’applique sans doute qu’aux couples et qu’il met mal à l’aise le célibataire de base…

Je bredouille un vague gargouillis…

Elle comprend sans doute à demi-mots, et note « une semaine ».

L’entretien continue, mais je l’écoute à peine : je me noie lentement dans ses yeux clairs et doux…

« Nous pouvons aller à la cabine ».

Voilà… Sa phrase me tire brusquement de mes rêvasseries pour me renvoyer au réel : « c’est l’heure », selon la formule consacrée par les bourreaux. Je m’abstrais de ma contemplation et car, si je veux que « ça marche », ma trop jolie doctoresse doit perdre sa belle féminité… Je me concentre au mieux pour l’asexuer et elle en devient un ange : ça lui va très bien.

Avant d’aller à la cabine, nous repassons devant le secrétariat et la salle d’attente.

Là, je vois deux hommes qui n’étaient pas là tout à l’heure… Ils parlent ensemble à voix basse, et sont visiblement assez excités. Ils pointent du doigt des photos sur des magazines que je ne distingue pas beaucoup… En faisant trois pas, je vois les revues et m’étrangle : « 4×4 Magazine » et « Auto Plus »… Je trouve la présence de ces journaux ici tellement symptomatique des centres d’intérêts de certains hommes que j’évite avec peine d’éclater de rire.

J’entre dans la cabine… Je repense aux films américains où le condamné entre dans la chambre à gaz… Pourquoi donc une telle vision ? Sans doute parce que le lieu est clos et que va s’y dérouler un face-à-face avec moi-même que j’assimile à une mise à « petite » mort ? La sensation disparaît au bout de quelques secondes, mon ange-praticien hospitalier me précède et sa présence adoucie la place.

L’endroit est placé sous le patronage d’une affiche de Modigliani, une femme nue dont la posture donne tout de suite la tonalité de l’affectation de cette pièce… Je souris en me disant que pour les esthètes qui viendront faire leur don, un Modigliani est indiqué et montrable, au contraire des donneurs moins épris d’expression picturale, qui préfèreront sans doute les livres cachés quelques part. La pensée qui me vient est de savoir si l’autre cabine, à côté, est aussi « équipée » du même Modigliani, ou si c’est un Klimt ou même du fameux Courbet « L’origine du Monde ».

L’ange-médecin me fait le tour du lieu et me détaillant la procédure : l’urinoir, le savon, le désinfectant pour les mains et la verge, les différents éléments qui seront à utilisés, dont le flacon en plastique à usage unique… Elle me le montre : il est gradué jusqu’à 14ml… ça me semble énorme et je me demande c’est pour activer des complexes chez 99% de la population humaine, ou si ce sont des gobelets qui sont aussi utilisés chez les vétérinaires… C’est une pensée qui me fait sourire.

« Avez-vous encore des questions ? » me demande l’ange d’un ton urbain.

Non… Il n’y a plus de questions, plus d’échappatoires et plus de grâces possibles : c’est l’heure.

Elle s’éclipse en me précisant de bien fermer le verrou… Je m’amuse de cette précaution : effectivement, je n’ai pas envie de me retrouver tout à l’heure avec une personne qui entrerait de façon intempestive. Ça n’aiderait sans doute pas du tout au résultat.

Seul dans la cabine, je me demande si certains hommes viennent accompagnés. Etait-il possible de demander à l’ange la présence active de ma copine ? J’essaye de m’imaginer l’improbable dialogue entre elles deux sur qui doit désinfecter qui, et ce qui est permis ou interdit dans les moyens d’amener au don…

Mais je crains que ce ne soit pas prévu par les procédures… De toutes les manières, je n’oserai jamais demander, même pour ma culture générale.

Je regarde autour de moi : par facétie, j’ai décidé de laisser la copie de la planche de Gotlib. Je ne sais pas quel sera son devenir, mais j’espère qu’elle fera rire… Ce lieu à besoin de rires.

A côté d’un canapé, une espèce de table basse avec un petit tiroir qui me semble « le » lieu de stockage des livres-stimulants…

De toutes les manières, je n’ai pas prévu de les utiliser. La vie a été clémente avec moi et m’a donné l’occasion de connaître des femmes délicieuses et imaginatives, c’est donc en pensant à elles que je compte opérer…

Mais sans parler de pression sanguine, la pression de la curiosité est forte…

J’ouvre le tiroir : le résultat est pire que je ne l’imaginais : trois pauvres bouquins franchement bas de gamme. Le pire de la presse porno.

Si je devenais mécène de cette institution, j’offrirai à l’usage de mes successeurs dans la cabine quelques livres de photos de maîtres très efficaces pour mettre en valeur le corps féminin et le désir qu’on peut en avoir… Je ne suis pas certain que certains messieurs ne préfèreront pas la presse proposée, mais en tout cas je pense que la plupart des hommes ne se retrouvent pas dans d’aussi pauvres illustrations du rut.

L’autre pensée qui me vient est totalement différente, et pourrait faire l’objet d’une nouvelle à elle toute seule : comment se passe l’approvisionnement de ces livres cochons (il n’y a vraiment pas d’autres termes) ?

J’imagine soit l’agent comptable de l’hôpital, une matrone sévère en tailleur gris et à la vie stricte, allant dans les sex-shops du coin pour acheter une pile de livres sans même les regarder et demandant, le regard droit dans les yeux du vendeur « et vous me ferez une note ! »… Autre cliché : le médecin-chef repérant un brancardier connu pour sa lubricité et lui demandant comme service d’aller acheter une pile de bouquins pornos et de se faire rembourser son achat (tout en lui permettant d’en garder un ou deux au titre du dérangement).

J’imagine aussi que ces livres doivent parfois être volés par les usagers, et pas forcément comme souvenirs sentimentaux. Dans ce cas, il doit exister une « réserve » pour remplacer les exemplaires manquants… Une grande armoire en guise de pornoland ?

Je n’imagine pas mon ange furetant sur le net pour se faire livrer, sous pli discret et en tout anonymat, une pile de livres dans un cyber-sexshop, en utilisant sa carte bleue ou celle de l’hôpital.

Plus étonnant encore : et s’il existait chez les vendeurs de fournitures médicales, un produit « Spécial Banques du Sperme » ? Voilà le comble du business de la santé : acheter un lot de revues pornos bas de gamme prévues pour le rebut et les transformer en fournitures médicalisées, revendues à prix d’or une fois qu’elles sont marquées du seau magique « Pour usage médical ».

Vraiment, hormis que les revues sont d’un glauque existentiel, j’arrive même à sourire.

Pour couronner le tout, je glisse ma page de Gotlib entre deux revues : j’espère qu’elle apportera un peu de détente et de sourire dans ces lieux qui s’est attristé de ces photos moches et purement génitales…

En fait, je suis sûr que les planches d’anatomies utilisées pour enseigner la gynécologie doivent être aussi excitantes… Pourquoi n’en accroche-t-on pas sur les murs de ce vénérable hôpital ?

Je referme le tiroir… L’examen a duré trente secondes et rien que le sourire figé de la blondasse décolorée de la couverture a suffit pour m’ôter l’envie de la découvrir plus…

Je referme le tiroir… revenons à nos moutons…

Me voici face au miroir, à l’urinoir, au tiroir… et, irais-je penser, au foutoir…

Il va vraiment falloir y aller : je n’ai pas envie que mon ange marque une croix dans la case « échec »… même si ça doit être fréquent et qu’elle n’a sans doute aucun jugement des qualités d’amant d’un homme défaillant dans la cabine… Mais j’ai envie qu’elle note que j’ai réussi… ah ! Vanité des hommes face à leurs complexes de puissance sexuelle !

Une autre pensée me traverse l’esprit, à propos du film « Irina Palm » avec la chanteuse Marianne Faithfull : c’est l’histoire d’une femme très mûre qui devient la reine de la masturbation de Londres, et qui officie dans une cabine où elle ne communique avec ses clients que par un trou dans le mur. Son patron  lui dit de sonner au bout de dix minutes, et qu’il se charge de virer l’individu qui prend trop de temps…

A bout de combien de temps quelqu’un viendra frapper à la porte pour demander de mes nouvelles ? ça me fait sourire encore… J’essaye d’imaginer la scène de l’ange, ou d’une de ses collègues, toquant à la porte en demandant « ça va ? tout va bien ? ça fait trente minutes ! »… Combien de temps de temps laisse-t-on aux hommes pour parvenir à leurs fins ? Finalement, la petite voix de l’ascenseur n’avait pas tort : sans sombrer dans l’abattage, le lieu n’est pas là pour s’amuser mais pour produire.

Me voici maintenant largement déshabillé… Je ne sais pas ce que disent les statistiques des hommes qui se déshabillent complètement, ou de ceux qui ne font qu’entrouvrir leur braguette.

La procédure de savonnage est stricte et le lavabo tellement mal commode que je suis bien obligé d’enlever mon pantalon, si je ne veux pas ressortir complètement trempé. Là encore, j’essaye de ne pas trop sourire en imaginant le patient trop pressé, sortant avec ses vêtements mouillés et pleins de taches de liquides… Un grand moment de solitude, assurément…

Après le savonnage, c’est la désinfection… sus à la bactérie !

Avec une compresse et une solution d’un joli rose bonbon, je me fais une verge toute exempte du moindre microbe…

Je respire à fond… Parce que je me rends bien compte que, inconsciemment, mes gestes ralentissent pour retarder le moment fatidique… Il va bien falloir que j’arrête de passer la compresse pour m’y mettre…

M’y mettre…

Voilà…

Fini les procrastinations…

Fini les acrimonies…

Fini les savonnages dilatoires…

« Es muss sein », comme a dit Beethoven lors de sa mort.

Que vient faire Beethoven dans la cabine, à ce moment précis ? Je n’en sais rien…

Une respiration ample…

Je suis confiant… Je vais rester debout et fermer les yeux… Penser aux délicieuses maîtresses de ma vie, les actuelles et les passées… Je vais revoir leurs seins, le ballet de leurs jambes, l’échancrure de leurs corsages et le satin de leurs sous-vêtements. Ma peau va faire revivre la leur sous la mienne, la pression de leurs cuisses autour de mes hanches et les jeux sages ou épicés que nous avons pratiqués au creux d’un lit ou sous l’abri précaire d’une porte cochère.

Au moins, je sens que toutes les femmes qui m’ont confié leur corps ne me laissent pas tomber. Elles se font présentes pour me soutenir dans cet instant où j’ai terriblement besoin d’elles…

C’est là que tout à basculé…

Aussi soudainement qu’une lumière qu’on allume dans une pièce sombre, le visage de F. est venu…

Envolées, mes maitresses actuelles et passées ; dissoutes, leurs poses alanguies et leurs mises en scène savantes, disparues, leurs formes généreuses ou fuselées, et les enchevêtrements improbables que je suis facilement capable d’imaginer…

F. s’est imposé dans mon esprit et c’est une des rares photos d’elle qui s’affiche en grand dans mes yeux comme sur un écran de cinéma.

F. est face à moi, dans un train… Son bras droit replié et la main contre son oreille. Elle me regarde de son sourire doux et tendre… Les courbes de son visage me sont plus érotiques de tous les seins et toutes les fesses du monde.

Je prends mon téléphone portable, un joujou sophistiqué où cette photo est stockée.

Quelques secondes plus tard, F. me sourit sur le minuscule écran…

En quelques secondes, ma pression sanguine atteint des sommets par la grâce de ses yeux…

J’entends un tonitruant Messie de Haendel, un éclatant aria de Vivaldi, une envolée de Bach qui monte de cieux en cieux… Et puis John Lee Hooker et Louis Amstrong qui participent au concert aussi… Je crois bien que même EMIMEM a chanté, Freddy Mercury et tant d’autres…

Dans cet émoi qui me balaye comme un château de sable sur une plage à marée montante, émerge un sentiment complètement inattendu :

Bien que nous ne soyons plus ensemble depuis deux ans, je suis bel et bien en train de faire l’amour à F. Rien de moins… l’amour…

Elle me subjugue, me fait tourner les sens et le sang… Son sourire me communique des sensations extrêmes et la forme de son visage me rempli d’un érotisme brûlant, qui calcine tout : la cabine, les livres du tiroir, l’ange dans le couloir, le bâtiment en plein centre de la ville, la Terre entière.

Quelques poignées de secondes plus tard, je me tiens au bord d’un précipice abyssal et F., d’un dernier sourire, vient joyeusement m’y pousser : je tombe dans le vide d’un orgasme d’une violence inimaginable…

* * *

 

Voilà… c’est fini…

Pantelant, je me penche en avant pour reprendre mon souffle…

Mes joues sont en feu, je ne sais si j’oserai un jour sortir de cet espace clos comme un utérus…

Mais je reconnais bien cette lourdeur qui je n’avais plus connue depuis longtemps, quand F.  me faisait jouir comme un damné, en employant des recettes magiques connues d’elle seule, et qui n’appartiennent qu’à elle.

De la semence que je vais laisser derrière moi, dix enfants naîtront…

Ils seront aimés par d’autres mères, élevés par d’autres pères… F. et moi ne seront jamais rien pour eux, et sans doute la plupart d’entre eux ignoreront le « coup de main » que j’ai donné à la nature pour leur prêter vie.

Ils naîtront dans l’amour de leurs vrais parents, je ne suis qu’un donneur… Tout le reste ne sera qu’une suite d’aléas…

Mais il y a une chose de sûre : chacun de ces spermatozoïdes est marqué de mon improbable et étrange étreinte avec F.

Alors soyez rassurés, parents receveurs : vos descendants sont bien des enfants de l’amour…

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10 commentaires sur “Neige Brûlante – Les dix enfants de l’amour

  1. Bonsoir, c ‘est avec une très grande émotion que j ‘ai lu votre post , j ‘ai fait 6 Fiv, (tous ont échoués) dernière en date Il y a 2 mois environ .Bref , à vos questions posées….oui lors d’un don de sperme disons à la clinique privée où j ‘étais ,la gente dame peut entrer dans la cabine , elle peut aider le monsieur ….de toutes les façons possibles et imaginables ….à condition de respecter le principe du savonnage et de désinfection.
    oui , il y a aussi des vieux magazines

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  2. Faire un don de sperme, un don de gamète est une monstruosité dès lors que cela est anonyme. C’est traiter l’enfant à venir comme un objet, une chose, que les adultes s’échangent et se procurent selon leur bon plaisir.

    Et si l’enfant veut savoir un jour QUI est son père ? Sans revendication patrimoniale aucune. S’il veut savoir de qui il tient la couleur de ses yeux, son caractère, toutes les caractéristiques affectées par le patrimoine génétique et qui forgent l’identité. S’il veut savoir non seulement d’où il vient, mais de qui il vient. Il se heurte à un mur.

    Quoi que fassent les progrès de la médecine et les évolutions de la législation, un enfant à un père et une mère dont il tient nombre de ses caractéristiques visibles ou non, et qui par conséquent jouent un rôle dans son identité. C’est une vérité scientifique donc incourtnable.

    Je suis très heureux, très heureux, que cette femme avocate à Lyon réclame au contentieux, l’accès à ses origines (voir l’article du monde de ce jour : « Une femme née d’un don de sperme anonyme réclame l’accès à ses origines »).

    Si le Tribunal lui donne gain de cause, peut-être que les donneurs de sperme, déresponsabilisés de leur paternité par l’anonymat, y réfléchiront à deux fois.

    Signé : un enfant sans père

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    1. Votre père est l’homme qui vous a aimé ou éduqué, ou bien celui qui n’a pas assumé ce rôle affectif auprès de votre mère.

      Le donneur de sperme n’a pas plus de rôle que le cadavre qui vous aurait donné un rein, des cornées oculaires ou même son coeur. Il s’agit d’une responsabilité altrusite envers des couples stériles et pas d’une prise de responsabilité « parentale ». Pour info, il n’y a rien d’érotique ou de rigolo à aller se masturber dans une éprouvette en plastique. On ne le fait pas pour « semer des enfants » mais bien pour rendre service à des adultes.

      J’espère que ma nouvelle -quasi-autobiographique- vous rassure juste sur le fait que vous n’êtes pas né d’une transaction commerciale, comme ça se pratique dans d’autres pays. Et que le don, même pas rigolo ni érotique, n’est pas un acte aussi anodin pour le donneur qu’un don du sang. Votre donneur était motivé par un acte plus noble et bienveillant que vous ne le pensez.

      Je vous souhaite beaucoup d’apaisement face à cette épineuse question de la quête de ses parents. Votre histoire personnelle n’est pas dans le récipient, mais dans l’affection (ou son manque) qui vous a entouré. Pour le reste des caractères génétiques, que vos cheveux blonds viennent d’un colosse genre suédois ou d’un petit gars bedonnant, c’est très aléatoire. Avoir le nom d’un donneur ne vous donnera quasiment rien de plus comme connaissance sur vous-même.

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      1. « Votre père est l’homme qui vous a aimé ou éduqué, ou bien celui qui n’a pas assumé ce rôle affectif auprès de votre mère. »

        C’est précisément cela qui me révolte. Que les adultes décident de priver un enfant de ses origines et de lui en attribuer d’autres par la seule volonté de leur raisonnement sur qui ces enfants doivent désigner comme père et qui ils ne doivent pas désigner comme père.

        Vous avez votre raisonnement, et les enfants qui seront nés de votre don n’auront jamais la possibilité de le discuter et de ne pas le partager. Ils devront le subir alors même qu’ils sont au coeur du débat.

        Avec tout le respect que je vous dois, mon père est celui que je désigne et ressens comme tel et non pas celui que vous désignez comme tel.

        Père n’est pas qu’un rôle social, c’est aussi une fonction biologique. La fonction sociale peut être abandonnée, transmise. La fonction biologique est irrémédiable, que le donneur de sperme le veuille ou non.

        C’est l’enfant, et lui seul, qui peut dire à laquelle de ces deux fonctions il est le plus attaché. Pas vous.

        S’il plaît à un enfant adopté de désigner son père adoptif comme son seul père et de n’avoir aucun besoin d’en savoir plus, très bien. Mais quid de l’autre enfant, celui qui voudra savoir d’où il vient au plan biologique, d’où vient sa couleur de peau, ses yeux, ses bouclettes dont on se moque dans la cour et que n’ont pas ses parents adoptifs. Lui imposerez vous votre raisonnement en lui demandant de s’en contenter ?

        Les enfants nés d’un don de sperme devraient avoir le choix de connaître ou non leur origine, et tant pis si les donneurs de sperme n’assument pas les conséquences de leurs actes.

        Il n’y a, à mon sens, aucune générosité, aucun altruisme à donner ses gamètes. Cela ne vous coûte pas plus que de donner une poignée de sable. Autrement dit, cela ne vous coûte rien patrimonialement parlant. Du sperme, vous en avez à foison. Et précisément parce que ce don ne signifie rien pour vous, vous ne pouvez pas plus revendiquer un geste généreux ou altruiste que le cadavre que vous évoquez. Si la comparaison que vous faites tient, en quoi le cadavre est-il altruiste ou généreux ?

        Plutôt que d’altruisme, il s’agit ici simplement d’insensibilité au sort de l’enfant, et de un marchandage entre adultes, sans souci de ce que vivra l’enfant. C’est si facile.

        Le donneur de sperme transmet à l’enfant un peu plus, beaucoup plus que le donneur d’organe. Il transmet son patrimoine génétique, lequel, qu’on le veuille ou non, fait partie de l’identité de l’enfant.

        Pourquoi les donneurs de sperme prétendent-ils n’avoir qu’un rôle mineur et en même temps réclament t-ils l’anonymat ? Un constructeur de voiture réclame t-il l’anonymat vis à vis de ses clients. Les donneurs d’organes ne se battent pas pour l’anonymat, les donneurs de sperme oui et pas seulement pour s’éviter des actions patrimoniales. C’est donc bien qu’il y à quelque chose en plus.

        Ce quelque chose en plus, vos enfants, car il s’agit bien de vos enfants, ne le retrouveront jamais. Cela pourrait ne jamais leur manquer, comme cela pourrait leur manquer toute leur vie. Et c’est cela qui est insupportable.

        On peut donner l’organe d’un roux à un brun. Lorsque l’on donnera le sperme d’un roux à un couple brun, vous me préviendrez.

        Ou régresse le monde. C’est incroyable que l’enfant devienne à ce point un objet d’échange.

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  3. « Le donneur de sperme n’a pas plus de rôle que le cadavre qui vous aurait donné un rein, des cornées oculaires ou même son coeur. »
    Vous voulez rire? Votre façon de voir le don de gamète est affligeante.

    Je suis née par don de sperme et j’hésite entre la colère et l’envie de pleurer devant votre blog. Mon donneur est mon père biologique, je souffre tout les jours qu’il soit anonyme et j’espère qu’un jour je pourrais avoir accès à mes origines. Mes parents me soutiennent dans ma recherche. Et oui les parents qui nous ont élevé en ont marre de l’anonymat qu’on leur a imposé.

    Donner pour les parents sans penser à l’enfant et à l’adulte qu’il va devenir est d’une lâcheté sans nom. Ne vous jetez pas des fleurs, ne vous imaginez pas que vous avez donné du bonheur, arrêtez de vous vanter sur votre blog et sous les articles de journaux… vous avez probablement rendu certains de vos 10 enfants extrêmement malheureux.

    Mon donneur est anonyme mais j’espère au moins qu’il me respecte et qu’il me considère comme un ETRE HUMAIN pas comme une cellule, une transfusion sanguine, un organe, un bout de cadavre…

    J’ai mal au coeur pour ceux qui, adulte, un jour vous retrouverons. Oui il vous retrouverons parce que les adultes conçus par don cherchent désespérément leur parent biologique, mais vous semblez l’ignorer. Une chose est sur, vous n’étiez pas digne de ce don.

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    1. Incroyable ce regain d’égoïsme et de narcissisme.
      Revoyez la définition du don. Oui un donneur donne de son patrimoine génétique, oui il sait que cela va aider d’autres parents. Mais non il n’est pas le père social de l’enfant, non il n’est pas celui qui va l’élever et l’aimer. Le donneur fait don de 50% de son patrimoine génétique, qui sera re-combiné avec celui d’une mère, dans le but d’aider un couple.

      Si la phylogenèse vous intéresse tant, inscrivez vous en cours du soir de biologie. Vous découvrirez que si vous êtes un homme, votre plus récent ancêtre patrilinéaire est commun à l’ensemble de la population de sapiens masculin eurasien date de 70 000 ans, retrouvé grâce à la mutation M168.

      Si vous êtes une femme, votre plus récent ancêtre matrilinéaire commun à tous les homo sapiens de sexe féminin à probablement vécu il y a 150 000 ans. Et cela grâce à l’ADN mitochondriale de votre mère.

      Ça va mieux ? Content de savoir que notre espèce provient d’un petit groupe d’hominidé qui partage de nombreux gènes entre ses populations ? Pour information nous avons également 98,4% de gènes communs avec les chimpanzés, 85% avec le cochon, 73% avec le poisson zèbre, et même 38% avec les nématodes. Visiblement certains ont plus de % proche de ces ecdysozoaires que d’autres.

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      1. Petite précision, je fait également parti des quelques humains nés par PMA d’un donneur mâle français en France ces dernières décennies.

        Au passage merci à l’auteur de l’article pour son partage d’expérience et sa conclusion pleine de bon sens.

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