MonsieurF – Le Château de Sable

(Ecrire la même histoire, vue par un homme et une femme)

Mes chèvres survivront-elles au désert ?

Voilà des heures que nous marchons et la question me taraude depuis midi. Alors que nous progressons sous un soleil de plomb, les hauts remparts de l’ancienne cité se dessinent. Autrefois capitale d’un véritable empire, ce n’est plus qu’un point sur la carte approximative des caravaniers. Pourtant, la citadelle a fière allure, même si elle n’a été construite qu’avec le sable alentour et tombe en ruine. Je me suis toujours demandé comment les architectes des temps anciens avaient pu faire transformer ces grains insaisissables en murailles et en tours si solides. Et puis quelle patience pour les assembler ! Mais ces considérations ne me font pas oublier la question principale : comment vais-je nourrir mes chèvres et les abreuver d’ici à leur vente sur le marché ?

Les pauvres marchent sur un chemin difficile depuis le matin. Nos réserves d’eau sont au plus bas. Par mesure de précaution, j’ai rationné la consommation. Après avoir bu une grande gorgé, j’ai laissé le reste aux meilleures chèvres, celles dont je suis sûr qu’elles parviendront à destination. Les autres seront sacrifiées, même si ça me fend le cœur.

Nous arrivons aux portes du château de sable juste avant le couché du soleil. J’ai de la chance, mes chèvres sont là, pas très en forme mais toutes vivantes. Au total, la traversée du désert s’est bien déroulée. Si je trouve une fontaine publique avant demain, mes affaires sont sauvées !

————

Trente pas devant moi, mon mari imprime au troupeau un rythme lent mais sûr. Il sait y faire pour vaincre cette étendue aride, exempte d’oasis.

Il va vendre une partie du cheptel –l’essentiel de ma dot– au marché de S***, l’ancienne capitale. Il pense en tirer un bon prix dans cette vieille forteresse où la viande est rare. Sans doute a-t-il raison, mais les conditions de voyage sont dures. La distance est longue et les animaux arrivent à la limite de leur endurance. Heureusement que mon mari m’avait chargé de porter leur provision d’eau et quelques ballots de fourrages.

Hier midi, j’ai constaté que notre dernière outre fuyait légèrement. Quand il s’en est rendu compte, mon mari m’a battu. Aujourd’hui, mes jambes profondément écorchées me portent à peine.

Depuis, les distributions d’eau se font sans moi. En fin de matinée, la soif me torture. Dans l’après-midi, je trébuche sans cesse. Même les chèvres crevardes m’ont dépassées et j’ai du mal à les suivre des yeux.

Je finis par m’allonger. Le troupeau est maintenant trop loin et je vais me perdre dans les dunes si je continue. Mes forces m’abandonnent tandis que le soleil rentre sous la Terre. Mes blessures se sont infectées. Mon regard se voile. Je vais mourir,

… seule dans ma burqa.

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