The Journey Begins

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Good company in a journey makes the way seem shorter. — Izaak Walton

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Placebo – Le spectacle de Markus

C’est le retour!
Après des mois passés à écrire pour d’autres médias, me voici revenu à l’écriture de quelques nouvelles, dans le contexte des exercices d’Oniris.
ça fait du bien!
Le thème de la semaine était de raconter la vie d’une pièce de vêtement et de glisser un certain nombre de mots (que vous trouverez en gras).
Merci aux fidèles qui ne se sont pas enfuis par cette longue parenthèse !

Me voici encore dans un bar un peu louche du n-ième port où le navire de Markus fait relâche.

Beurk…

La vie de marin, vous savez ce que c ‘est: des semaines de mer sans voir d’autres femmes que les posters scotchés à la paroi d’une couchette peu propice aux ébats, fussent-ils solitaires. Et puis quelques jours dans un port où la quête frénétique d’un peu de chaleur mène les hommes dans des bouges où les attendent des femmes pas plus tendres qu’eux.

Après avoir contribué au baby-boom en faisant trois moutards, Markus en avait eu ras le bol des biberons. Il s’était engagé dans la Royale pour voir du pays et prendre du bon temps loin des poussettes. Mais le cliché exotique du bureau de recrutement de la Marine avait sérieusement dérapé: il turbinait en soute comme un âne, voyait peu le soleil et était d’astreinte plus souvent qu’à son tour. Il ne fait pas bon être bleuzaille sur un premier tour du Monde!

Il trompait maintenant son ennui beaucoup plus que sa femme avec un plaisir infiniment répétable : quelque soient les néons de l’enseigne et la coloration des filles, il suffit d’allonger quelques billets pour que je devienne le clou d’un spectacle convenu, réclamé par ses potes matelots et vulgairement excitant pour le reste de la clientèle.

Pourtant, ma vie avait commencé dans un atelier chic et un magasin cossu. Markus m’avait achetée très cher pour sa femme. Quand il a pris la mer et a fait son sac, il lui a demandé s’il pouvait m’emmener. « Garde sa jumelle! ça nous rapprochera« , avait-il même dit alors qu’elle acceptait.

Tu parles ! Ça m’étonnerait que ta femme boive du mauvais champagne dans ses chaussures à talons hauts après l’avoir frotté à l’îlot à peine soyeux qu’on trouve entre les cuisses d’une putain d’arrière-port…

Triste vie d’un escarpin loin de sa maîtresse….

Rosebud – 21 grammes

(encore un petit exercice de contrainte sur le thème : « l’âme pèse 21 grammes. Démontrez que c’est vrai ou faux »)

Y’a rien à démontrer car la Vérité existe et je vous la dévoile ci-après:

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La scène se passe quelque part dans l’Univers, près de la Jérusalem Céleste où la Bible situe la demeure du Divin Père

Au moment où commence cette histoire, le Très-Haut est dans une de ses colères bien connues, qui le conduisent parfois à des Paroles peu civiles, relatées par le site CathoLeaks tenu par un certain Ange Julian Ass…

Dieu vient de se faire doubler par Lucifer! Cet espèce de **** a osé s’en prendre à une planète récemment ensemencées par le Grand Architecte. Celui y avait patiemment séparé la lumière des ténèbres, désuni la terre et les eaux puis élaboré des plantes et des animaux pour agrémenter le tout.

Mais alors qu’il façonnait sa dernière création (des zumains), le Diable en avait chipé les plans organiques. Discrètement, il avait produit des clones tous aussi agressifs que les originaux. Les ressources se raréfiant, les créatures bonnes (issues de Dieu) et les bréatures connes (forgées par le Démon) ne tardèrent pas à développer une certaine animosité qui allait en s’amplifiant.

L’inévitable conflit allait éclater et la planète s’embraser !

Le principal problème pour mener les hostilités était la parfaite ressemblance des troupes adverses: le creuset étant le même, les zumains divins et ceux d’en face étaient indiscernables: deux yeux, un nez, une bouche, 32 dents et jusqu’au même nombre de paires de chromosomes.

Alors qu’il se demandait comment créer un super-missile anti-hérétiques qui pourrait emporter la décision contre les troupes infernales, Dieu s’avisa que le Diable n’avait volé que les plans organiques !

« Bon sang, mais c’est bien sûr! » tonna le Tout-Puissant, maintenant assuré de la victoire.

Ses créatures à Lui ne sont pas simplement des bipèdes dotés de cerveaux sophistiqués, ils possèdent en plus UNE ÂME. Le Diable, incapable d’en fabriquer, n’a pas pu en implanter dans ses créatures !

Les ordinateurs divins fournirent les informations techniques nécessaires à mettre au point des armes intelligentes qui détruisirent tous les suppôts de Satan: par construction, ceux-ci pèsent tous 21 grammes de moins que les humains procréés par Dieu.

Simple, non ?

A votre tour, vous pouvez peser vos semblables: si ceux-ci pèsent 21 grammes de moins que vous, vous avez le droit (que dis-je? le devoir) de leur fracasser la tête. Ne sommes nous tous pas des créatures divines?

* * *

Quant à savoir pourquoi 21 grammes, il faudrait demander aux ingénieurs en charge de la conception de l’âme, chez Dieu… A mon avis, ils ont été un peu trop tatillon sur l’allocation de masse dans le système. L’humanité aurait bien supporté une âme pesant 50 ou même 70 grammes de plus si elle avait été dotée de meilleurs capteurs d’humeurs de nos semblables, ainsi que de centres de la fraternité plus fonctionnels. Les âmes dont sont dotés les humains sont notoirement défectueuses et ça fait quand même 2 milliards d’années que le bug a été remonté au Très-Haut, mais celui-ci ignore superbement de faire son boulot de maintenance et de corriger ses erreurs de conception!

Quelle arrogance peu commerciale de Sa part !

D’un point de vue managérial, C’EST NUUUUL !

Lobia – Conjonctophobique

Encore un exercice de contrainte d’Oniris avec l’interdiction des fameux MAIS OU ET DONC OR NI CAR et deux thématiques au choix: d’une part un retour de vacances apocalyptique et d’autre part une demande de visite d’une boutique coquine par votre conjoint(e).

 

« MÊÊÊÊÊ », commença la biquette, figée depuis qu’elle avait entendu le sinistre « HOU!! HOU!!! » caractéristique du loup affamé.

Elle broutait sur un plateau aride, genre Larzac.. Le coin de repos rêvé pour une jeune caprine, nouvellement embauchée par la bergerie voisine pour délivrer son quota de litres de lait à yaourt…

Malheureusement pour elle, le loup se dressa sur ses pattes arrières avant de se défaire d’un déguisement. Apparu alors un légionnaire, lequel terminait sa permission estivale dans le coin.

« Y’a pas de mêêêê! », tonna le militaire en la saisissant par les épaules dans le but évident de lui faire pointer les cornes vers l’EST, alors que lui même la contournait au couchant.

Rebelle aux ruts imposés, la pauvrette rua tellement des sabots qu’elle fit un trou dans le sol de ses pattes avant. L’oeil du légionnaire fut attiré par une énorme pépite s’y trouvant.

Il pensa que ce serait un super DON pour la rouquine du bordel jouxtant la caserne. Il pourrait enfin accéder à la demande de la drôlesse, désireuse de visiter avec lui la boutique polissonne sise près de la garnison. Il lui offrirait la grenade vibrante de ses rêves ainsi qu’une mitraillette aux dimensions impressionnantes. Pour lui-même, peut-être oserait-il acheter un des canards gonflables de la vitrine?

« De l’OR, de l’OR », cria-t-il en lâchant sa proie.

Fouillant le sol à quatre pattes pour déterrer sa trouvaille, le soldat n’entendit pas venir derrière lui un bouc furieux.

Prié par la chevrette de la venger, le mâle N’Y vit pas d’inconvénient. Le troufion passa un sale QUART d’heure qui le conduisit à l’hôpital avant de prendre illico un train vers son cantonnement.

Une fois à destination, il clopina jusqu’au lupanar pour y trouver quelque réconfort. Làs! Sa fille préférée était partie avec le Colonel. Dépité, il rentra chez lui pour se découvrir de corvée de chiottes, tâche diablement difficile à ceux qui marchent les jambes raides.

Il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus !

 

Stony – Un être et ses avoirs

(petit exercice d’écriture d’Oniris : raconter un souvenir de vacances sans employer être ni avoir, pas même en auxilliaires :-))

L’été tire à sa fin dans cette contrée finlandaise pleine de boulots et de hêtres.
Pendant que la météo reste clémente, les blanchisseuses se rendent aux lavoirs…
Erko, le maire du village, regarde le ballet des lavandières en robes légères, avec une attention toute particulière pour Stephia, une jouvencelle au corsage trop rempli pour être honnête… enfin… pour qu’Erko, reste honnête. Arrivée quelques semaines auparavant, on dit qu’elle ne lisait pas les annonces de l’agence pour l’Emploi, se contentant de sourire aux employeurs de passage. Deux jours plus tard, elle embauchait comme blanchisseuse dans une entreprise de la ville, assignée aux soins du linge municipal.

Erko l’aborde dès son deuxième jour. Quelques bavardages plus loin, Stephia et Erko tombent d’accord. Non pas pour un mariage, mais sur un prix: la blanchisseuse possède un sens des affaires et de l’élévation sociale bien développé. Erko songe aux avantages de la situation: pas de diner coûteux à prodiguer, pas de sorties en boite de nuit et une assurance de discrétion à toute épreuve (car tout le monde connaît le mariage d’Erko et le tempérament de son épouse, qui ne badine pas avec la fidélité. La dernière petite grue attrapée par l’épouse infortunée passa un quart d’heure fort désagréable).

Où donc accomplir le forfait ?

Stephia, consultée, refuse d’aller chez Erko ou de le laisser venir chez elle. Erko ne souhaite pas payer l’hôtel, par souci de discrétion.

Mais l’édile dispose de plus d’un tour dans son sac: il sait par les listes de la mairie où se trouvent les pensions pour touristes. Chic! il reste une bungalow vide! Il y emmène donc Stephia en plein après-midi, à l’heure où les estivants pataugent dans le lac, à quatre kilomètres de là.

Leurs ébats s’inscrivent dans la longue tradition des acrobates finlandais. Erko imite à la perfection l’Ours des Neiges tandis que sa partenaire lui apprend quelques trucs inédits, appris l’année précédente auprès de l’ambassadeur français à Helsinki.

Le déclic de l’appareil photo, bien que discret, met la puce à l’oreille d’Erko, mais trop tard! L’objectif le saisit dans une position sans équivoque, dans une tenue sans ambiguïté, avec un sourire qui ne prête à aucune confusion…

Je sors de ma cachette et pose l’appareil sur la table. Les négociations ne traînent pas: Stephia sait faire des propositions que ses victimes ne songent pas à refuser.

Erko nous laisse, l’air penaud. Il vient de signer un chèque représentant une petite fraction de ses avoirs.

Pour Stephia et moi, les vacances peuvent commencer… Champagne !!!!

Tankipass – Aimer à la fin…

 

Encore là, espèce de salope ?

Combien de temps vas-tu encore venir me narguer… toujours à moitié dépoitraillée, avec ton visage tordu et tes yeux aux larmes de sang… Tu crois quoi? Que je vais te suivre tout doux, comme la dernière fois que j’ai failli me laisser faire?

J’t’en foutrais des sourires enjôleurs et des mots sucrés… des promesses que tu tiendras pas, comme toutes les autres. Parce que si tu crois que je vais te céder… t’es qu’une roulure comme les autres, assoiffée de mon fric et ma position sociale…. Les intéressées, je les renifle à cent mètres et toi je t’ai calculée tout de suite. La seule chose qui te différencie des autres, c’est qu’avec ton corps où y’a qu’des os, t’iras pas essayer de t’faire faire un gosse en douce. Les autres savaient tortiller du cul et toi même pas… Tu me débectes et jamais je te prendrai… ni la main ni les cuisses. Tu crois que je vais finir par craquer à force de solitude? Casse toi! J’ai déjà été dépouillé par mes enfants alors y’a plus rien à prendre. C’est pour ça que mes jolies ex sont plus là et qu’il ne me reste plus que toi. T’es tellement moche que personne ne veut de toi et tu imagines que je vais finir par t’obéir? … Mais n’y compte pas!

JE T’INTERDIS DE ME RAPPELER QUE TU ES LA DERNIERE A VENIR ME VOIR !!!

Arrête de me répéter que toutes les autres putes sont barrés !

Arrête de me dire que tu seras ma dernière maitresse et que c’est plus le temps de faire la fine bouche…

Arrête de me suggérer que je t’aime malgré moi parce qu’il n’y a plus que toi à trainer autour de mon pieu…

Arrête d’essayer de me faire croire que c’est pas mon héritage que tu veux mais bien moi…

ARRETE ARRETE ARRETE ARRETE ARRETE! ARRETE!  ….

(dix minutes plus tard)

Je viendrai quand j’aurai décidé… pas quand tu me siffleras… Je suis pas ton clebs, putain !

(30 secondes plus tard)

J’arrive, ma bien aimée…

(Décès constaté à 23:54 par le personnel de l’hôpital.
La chambre remise à disposition du centre de soins palliatifs pour 14:30)
 
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(NB: exercice publié sur http://www.oniris.be – énoncé: écrire un portrait amoureux avec une touche célinienne)